Au JT ce jour-là, on vit une cavalière parler du boycott des Jeux de 1980. Elle ne put pas courir à Moscou. L'URSS avait envahi l'Afghanistan et un chantage s'était exercé sur les jockeys, sommés de choisir entre ces Jeux et toutes les compétitions à venir. Elle se demandait, avec un air triste : « Était-ce utile ? En 2008, la guerre d'Afghanistan n'est pas finie sauf que les Russes n'y sont plus, c'est nous qui y sommes». Elle aurait pu ajouter que les Russes, eux, sont en Tchétchénie où ils se comportent tout aussi mal mais que personne ne songe à boycotter leur gaz naturel. C'est que le boycott est un objet médiatique gouverné par le paradoxe. Depuis son origine d'ailleurs, puisque celui qui a donné son nom au boycott ne fut pas le boycotteur Charles Parnell mais le boycotté Charles Boycott. C'était en 1879.
Le paradoxe aujourd'hui, c'est cet appel au boycott des Jeux de Pékin qui surgit quand ceux qui le souhaitent n'ont plus la moindre chance de le voir réussir, alors qu'en 2001, quand le choix de Pékin a été fait, tous les dossiers incriminés étaient déjà parfaitement documentés et qu'un lobby bien mené aurait pu aboutir. Pourquoi donc s'y prendre si tardivement ? Parce qu'un lobby bien mené a besoin d'une couverture médiatique mondiale que les jeux génèrent spontanément mais qu'une réunion du CIO, même décisive, ne peut susciter. C'est parce que les jeux vont s'y dérouler et que tous les yeux sont tournés vers Pékin, qu'on critique aujourd'hui dans le monde entier la politique de la Chine, alors que personne n'en aurait parlé si les jeux avaient été organisés ailleurs. Les Tibétains l'ont très bien compris qui ne se sont trompés ni d'image ni de date.
À l'amie qui m'annonçait que les écrivains israéliens seraient les invités d'honneur du Salon du Livre de Paris, j'ai aussitôt répondu que ce serait sans aucun doute l'occasion de pénibles manifestations d'antisémitisme. Quelques jours plus tard, les intellectuels italiens m'ont donné raison : ils appelaient au boycott de la foire du livre de Turin qui invitait les mêmes écrivains israéliens. Pour Paris, l'appel a été lancé peu après par l'Organisation Panislamique des Sciences et de la Culture. Là aussi, apparent paradoxe médiatique : on appelle à boycotter une littérature dont l'immense majorité des écrivains plaident inlassablement pour le dialogue avec les Palestiniens et le monde arabe. Aucune importance car, en réalité, personne ne se soucie d'une littérature qui, comme toute littérature, ne concerne qu'une infime minorité de l'opinion, mais squatte la couverture médiatique d'un événement au bénéfice d'un message que l'on désire adresser non à quelques milliers de lecteurs mais à des centaines de millions de téléspectateurs. Résultat final ? Droits de l'homme en Chine ? Aucun progrès ! Antisionisme ? Progrès constant ! Je le dis et le redis, non sans amertume: la « défaite de la pensée », ce n'est pas la Star Ac', c'est le JT, encore le JT, toujours le JT.