137 - Help Live-Tina Turner


Vingt ans plus tard, en 1984, sur l'album Private Dancer, Tina Turner reprend cette chanson et elle en donne, surtout en concert, une version bouleversante, conforme à l'appel amoureux et désespéré du texte de Lennon.

Il y aurait eu, ainsi, dans les années 60, une volonté de détachement, d'ignorance déclarée à l'égard du tragique de la vie qui s'exprimait autant par des chansons explicitement anodines comme I want to hold your hand que par l'interprétation délibéremment frivole de chansons qui racontaient les échecs et les douleurs de toute vie amoureuse.

When I was younger, so much younger than today,
I never needed anybody's help in any way.
But now these days are gone, I'm not so self assured,
Now I find I've changed my mind and opened up the doors.

Help me if you can, I'm feeling down
And I do appreciate you being round.
Help me, get my feet back on the ground,
Won't you please, please help me.

And now my life has changed in oh so many ways,
My independence seems to vanish in the haze.
But every now and then I feel so insecure,
I know that I just need you like I've never done before.


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# Posté le jeudi 10 juillet 2008 05:10

Modifié le jeudi 10 juillet 2008 10:24

136 Parents citoyens ?

136 Parents citoyens ?
La parentalité fait-elle partie de la citoyenneté ? C'est un point de vue audacieux que de l'affirmer. Longtemps, la famille a été perçue comme la cellule de base de la société. Se marier, engendrer, éduquer, faire famille, c'était très évidemment civique, c'était vivre dans et pour la société. Les filles de joie, les adultères, les homosexuels, les divorcés étaient au ban de cette société dont ils ne respectaient pas les règles. Qu'ils perturbaient au lieu de la reproduire. Aujourd'hui, la famille reste une valeur majeure mais c'est une valeur refuge. On vient s'y abriter d'une société chaotique, en perpétuel changement, dont personne ne peut dire ce qu'elle sera demain, ce que manifestent, avec un indéniable talent, des dirigeants d'autant plus agités qu'incapables de maîtriser le cours des choses. La famille actuelle est asociale même si nous croyons que c'est la société qui est devenue asociale et que la famille est pour chacun de nous le seul fragment de société qui nous reste. Peu importe car la famille se révèle évidemment un refuge illusoire. Elle n'échappe nullement au mouvement qui nous emporte. En 40 ans, elle s'est totalement transformée, essentiellement par le fait, sans précédent historique, de la libération des femmes. La révolution sexuelle, mise en ½uvre par la génération 68, a bouleversé, de fond en comble, le droit familial. La famille, autrefois cadenassée et donc protégée, dans le cercle fermé des devoirs, est aujourd'hui ouverte à tous les vents, dominée par l'amour et le désir, chevaux indomptables et révolutionnaires, réfractaires à tout lien social. Le « Jouir sans entrave » est par définition anarchiste. Le beau principe du « consentement mutuel » qui gouverne désormais toute rencontre, toute relation et toute rupture y compris le divorce, implique le retrait définitif de la société et de l'Etat dans le corps à corps d'individus pour la première fois libres d'aller et venir à leur guise. Plus aucun compas n'indique le nord. On tente de se consoler en magnifiant les familles recomposées sans oser penser que toute recomposition suppose une décomposition préalable dont témoigne la croissance exponentielle des « ménages d'une personne » et des « familles mono parentales ».

Ainsi, mine de rien, la famille, noyau stable et régulateur, est devenue une question sociale explosive. Les parents, aujourd'hui, sont au c½ur des changements de société. En moins d'une génération, la vie des femmes s'est davantage transformée qu'en deux mille ans. Leurs hommes font comme ils peuvent avec cette mutation à laquelle ils ont dit un oui sans réserve car ils ne renonceront pas au bonheur inédit d'être aimés par des femmes libres, même si, libres, les femmes exigent d'eux, plus que jamais, tout et son contraire. Les manières de construire une famille se sont multipliées comme un feu d'artifices. Les amours sont plus libres mais les personnes seules plus nombreuses. Les grands parents restent jeunes mais vivent de plus en plus vieux. Les enfants sont adultes plus tôt mais restent enfants plus tard. Leur éducation, leur place dans la société, le rôle de l'école ont été mis sans dessus dessous. Les révolutions techniques se succèdent à une allure folle. L'argent, le logement, la mobilité, l'alimentation, la santé, le travail, le monde : tout change de plus en plus vite. Il est révolu le temps où être maman, c'était faire comme sa maman, et être père, faire comme son père. Les parents d'aujourd'hui doivent faire des choix et se posent des questions qui ne se posaient pas à leurs parents. Nous avons voulu la liberté ; nous l'avons. Les amarres ont été larguées. Il suffisait de se conformer ; c'est derrière nous. À présent, il nous faut inventer une famille qui n'est plus gouvernée par les églises et si peu par l'Etat. Nous sommes les ministres de nous-mêmes. Nos enfants seront seuls juges. Ils corrigeront.
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# Posté le jeudi 26 juin 2008 01:13

Modifié le jeudi 26 juin 2008 14:55

135 - Qui nous aide à penser ?

135 - Qui nous aide à penser ?
Aux Etats Unis, je me suis acheté un e-book de Sony. Belle machine, couverture cuir, qui permet de lire des livres numériques sur un support agréable et portable. Le premier texte que j'y ai introduit est un rapport français sur l'avenir du livre. Dans la foulée de cette réflexion sur le livre, j'ai demandé aux étudiants de première et deuxième bachelor de l'Ecole de Recherche Graphique qui suivent mon cours de théorie des médias (ils sont nés vers 1985.) de réfléchir à la question suivante :

Citez un livre ou un penseur dont vous pensez que les idées sont de nature à stimuler profondément votre travail et/ou à inspirer votre vie dans les années à venir.
Il ne s'agit pas seulement de trouver l'ouvrage intéressant, mais réellement décisif. Il a changé votre vision des choses. Il joue pour vous un rôle comparable à ces livres qui ont secoué la génération 68 comme la Révolution sexuelle de Reich, l'Anti ¼dipe de Deleuze et Guattari ou dans un autre genre, le Do It de Jerry Rubin.


Voici les réponses que j'ai reçues, évidemment suivies d'un commentaire explicatif souvent intéressant, parfois très personnel.

Esotérisme, new age
• Louis Pauwels et Jacques Bergier : le Matin des magiciens
• Marylin Ferguson : Les enfants du verseau (1980)
• Michael Creno & Richard Thomson : Histoire secrète de l'espèce humaine
• Christian Jacq : Le message des cathédrales
• Paulo Coelho : L'Alchimiste (5x)
• Bernard Weber : Les Fourmis & L'empire des anges
• Nostradamus

Livres sur l'art
• Oscar Wilde : Portrait de Dorian Gray (3x)
• Geneviève Casterman et Kitty Crowther: Copain des peintres
• Eric Emmanuel Schmitt : Lorsque j'étais une ½uvre d'art (2x)
• Rudolf Steiner : Nature des couleurs
• Paul Signac : D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme
• Panofsky : L'½uvre d'art et ses significations
• Alice Twemlow : à quoi sert le graphisme
• Hayden Herrera: Frida Kahlo

Livres d'art et d'artistes
• Bankry : Wall and Piece
• Moholy-Nagy: peinture photographie film

Philosophes & sciences humaines
• La Bible
• Gandhi: Méditations
• Dalaï Lama: L'art du bonheur
• Epictète : Le manuel
• Sénèque, la tranquillité de l'âme
• Sartre: La Nausée (2x)
• Anna Gaudea : Ensemble c'est tout
• Wittgestein : Tractatus
• Georges Bataille : La part maudite
• Roland Barthes : Mythologies
• Michel Tort: La fin du dogme paternel (2007)
• Henri Laborit : Eloge de la fuite
• Norbert Wiener : Cybernétique
• René Girard : Des choses cachées depuis la fondation du monde
• Yocho Yamamoto : Hagakure
• Thoreau : ½uvres
• Claude Lévy Strauss : Tristes tropiques
• Jean D'Ormesson : Presque rien sur presque tout
• André Comte Sponville : Le bonheur désespérément
• Jostein Gaarder : Le monde de Sophie
Maurizio Ferraris: T'es où? ontologie du téléphone mobile
Karl Marx
Rick Warren: Une vie motivée par l'essentiel

Littérature
• Artaud : ½uvres
• Cali : Les mots de la vie
• Virginie Despentes : King Kong Théorie
• Kerouac : Sur la route (2x)
• John Kennedy Toole : La conjuration des imbéciles
• Catherine Rambert: Si je pouvais revivre ma vie
• Daniel Pennac: Comme un roman (2x)
• Fun Chang: Utilise ce que tu es
• Francis Ponge : Le parti pris des choses
• Lewis Carrol : Alice in wonderland
• André Breton: Nadja
• Charles Bukowski: Notes of a dirty old man
• Albert Camus: L'étranger (3x)
• Kressman Taylor: Inconnu à cette adresse
• Xavier Deutsch : tombé du camion
• William Golding : Sa majesté des mouches
• Stig Dagerman : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier
• Edmond Rostand : Cyrano de Bergerac
• Milan Kundera : L'insoutenable légèreté de l'être (2x)
• George Orwell : 1984 (5x)
• Saint Exupéry : Le petit prince
• Marc Lévy : Et si c'était vrai
• Anaïs Nin : Venus Erotica
• Hermann Hesse : Le loup des steppes
• Alessandro Barrico : Novocento pianiste
• Baudelaire : Les fleurs du mal (2x)
• Jim Morrisson : Aden Lointain
• Frederic Beigbeder : 99 francs
• Pierre Desproges : Vivons heureux en attendant la mort
• Bradbury : Farenheit 451
• Aldous Huxley : Le meilleur des mondes
• Boris Vian : L'Ecume des jours
• Eric Emmanuel Schmitt : Oscar et la dame rose
. Joseph Kessel: Le Lion
Hunter S. Thomson
Pascal Rabaté
Anna Gavalda: Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
Georges Perrec
Dante: la divine Comédie
Xavier Deutsch: Victoria Bauer
Lois Lowry: Le passeur

Actualité, témoignages, politique
• Camille de Peretti : Thornytorinx
• Philippe Kieffer : Confession d'un baby boomer, Thierry Ardisson
• Rudolf Hess: Le commandant d'Auschwitz vous parle
• Muhammad Yunus : Vers un monde sans pauvreté
• Naomi Klein : No logo
• Henry Charrière : Papillon
• Jean Ziegler : L'empire de la honte

Autres
• Magazine skate : Chill magazine
• Alain Rey : Le Robert
• Terry Gilliam & Terry Jones : Monty Python
• Hipgnosis: pochette de GO2 de XTC
• Alejandro Gonzalez : 21 grammes et Babel
• Basquiat
• Laurence Dunmore : The Libertine (John Wilmot)
• John Waters: Polyester (1981)
• Jean Rouch: Chronique d'un été et autres films
• David Carson (graphisme)
• Depardon : Errances (2x)
• Toscani : publicités Benetton
• Francis Alys : Bolero
• Vincent Royer
Marcel Duchamp
Enki Bilal
Banksy
Edi Rama
Michael Moore
Renaud (Séchan)
Sean Penn: Into the wild
Miranda July: Moi, toi et tous les autres
• Hergé : Tintin


Et vous, qu'en pensez-vous ?

# Posté le mercredi 25 juin 2008 17:50

Modifié le mardi 24 mars 2009 09:35

134 - Patrick Quinet

134 - Patrick Quinet
On a des amis. un jour, ils sont partis. Pas en voyage. Pour de bon. On se souvient des chansons qu'ils ont chantées, des combats qu'ils ont menés, parfois l'air de rien, sans jouer les héros, mais sans lesquels, pourtant, le monde serait bien pire qu'il ne l'est. On va dans sa bibliothèque. On parcourt les numéros de Vu d'Ici, la revue qu'il avait créée et dirigée. On retrouve un livre: Le petit théâtre des opérations (langues de terre, haches de guerre) publié par La mesure du possible, les éditions de Causes Communes. La guerre, celle des Balkans, il l'avait vue de près, Cet homme qui écrivait très bien, parlait aussi fort bien de la langue. On se dit qu'on en aurait bien besoin d'hommes comme ça dans les temps à venir parce que les livres, même beaux, même indispensables, ne suffisent pas. Vous avez remarqué que les amis qui partent laissent toujours, en guise de cadeau, beaucoup de travail et de responsabilités à leurs amis?
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# Posté le lundi 16 juin 2008 10:16

Modifié le lundi 16 juin 2008 10:31

133 - Pour une Europe accueillante

133 - Pour une Europe accueillante
Mon ami Hugues Lepaige m'envoie sa chronique du 15 mai sur les sans papiers. Je me permets de la reproduire. Quand l'Europe va-t-elle retrouver le sens de l'hospitalité ?






Le ciel noir des Sans papiers

Les nuages s'accumulent, le ciel s'assombrit encore un peu plus. L'Europe est à l'épreuve du respect de sa propre civilisation, de son humanisme fondateur, celui qui est né en 1945 de la victoire des démocraties sur le totalitarisme. Il ne s'agit rien de moins que de cela avec l'évolution des pratiques et des politiques à l'égard des sans papiers. Chaque jour, c'est un peu comme si l'Europe forteresse se cadenassait davantage. Il y a la directive de la Commission européenne – la directive de la honte- prévoyant une détention jusqu'à 18 mois pour des personnes dont le seul crime est de vouloir vivre en Europe et instaurant une interdiction de séjour de 5 ans pour tout individu renvoyé hors des frontières. Une sorte de criminalisation des migrants dont on gère le flux par l'enfermement. Il y a, en Italie, la politique d'expulsion généralisée annoncée par Berlusconi en gage à ses alliés racistes de la Ligue du Nord. Déjà à Naples, cette semaine, des camps roms ont été attaqués à coup de barre de fer et de cocktails molotov. Et la prochaine présidence française de l'Union européenne annonce de nouveaux accents répressifs. Et puis, chez nous, le gouvernement refuse un moratoire sur les expulsions en attendant d'éclaircir ses propres critères de régularisation. Il y a aussi les pratiques quotidiennes. Les arrestations administratives de manifestants sans papiers dont certains ont été et sont encore enfermés. Des policiers qui traitent leur avocat de « crapule ». Sans oublier dans la société dite civile l'attitude d'une compagnie comme SN Brussels qui se fait l'auxiliaire de la répression en plaçant sur une liste noire un passager qui s'est opposé à l'expulsion forcée d'un sans papier dans un avion de la compagnie. En comparaison du sort des sans papiers cette mesure pourrait presque paraître anodine. Elle ne l'est pas. Car elle témoigne d'un état de dégradation de l'éthique de la société. Quand les dirigeants d'une entreprise comme SN Brussels prennent de telle mesure pour punir ou intimider les passagers qui s'insurgent contre des traitements inhumains et dégradants dont on sait qu'ils ont pu conduire à la mort, ils ne sont plus seulement les collaborateurs passifs d'une politique répressive. Ils l'intègrent complètement quand ils ne l'anticipent pas. De quel droit et avec quelle légitimité ? Il est vrai qu'en France, les compagnies aériennes accordent des « miles » aux policiers qui escortent les expulsés. A quand une carte « Privilège » pour nos gendarmes.
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 15:25