142 - Georgie

142 - Georgie
Géorgie

Le nom est d'origine grecque. De « gé », la terre, d'où viennent géographie, géologie, géométrie etc. Et de « ergon », le travail, d'où viennent ergonomie, énergie, métallurgie, dramaturgie et même orgie.

Le « geôrgos » est donc celui qui travaille la terre, le paysan. Le mot grec est passé en latin sous la forme d'un adjectif, « georgicum », qui signifie relatif à la l'agriculture et qui a donné son titre à un célèbre recueil de Virgile, Les Géorgiques, poèmes lyriques décrivant la campagne et la vie des champs. Le mot existe en français avec le même sens : en 1912, Francis Jammes publie des « Géorgiques chrétiennes ».

Mais « geôrgos » a surtout engendré le prénom Georges et ses variantes, masculines comme Georget, Georgio, Goran, Gorge, Yorge, Youri, et féminines comme Georgette, Georgina et ... Géorgie.

Selon la légende, Saint Georges, originaire de Capadocce en Asie mineure et officier de l'armée romaine sous Dioclétien, a combattu un dragon en Lybie pour sauver la fille du roi. Martyr chrétien, il a été décapité en 301.

La Géorgie a été christianisée dès le 4e siècle par Sainte Nino, l'Illuminatrice, martyre en 330 et sainte patronne du pays. Le nom grec de la Géorgie lui vient peut-être du rôle central joué par le culte de Saint Georges dans les christianismes orientaux.

Mais en géorgien, langue du groupe caucasien, Georgie ne se dit pas Géorgie mais Sakarthvelo ou Karthlie, le pays des Karthvèles. Sa partie orientale portait déjà ce nom quand elle fut conquise par Pompée en 65 avant Jésus Christ.

A l'ouest, en bordure de la Mer noire, c'était la Colchide. La légende grecque veut que Jason y ait débarqué avec les Argonautes pour y trouver la Toison d'or. Tombée amoureuse, Médée, la fille du roi lui donna l'onguent qui le protégea des flammes du dragon qui gardait la Toison.

Mais l'or de la Toison n'était peut-être pas de l'or car, si la Géorgie américaine est le paradis de la pêche (peach state), la Géorgie caucasienne est depuis la plus haute antiquité le pays du miel. La Grèce, aujourd'hui encore premier consommateur mondial de miel, a toujours apprécié l'or blanc de l'abeille du Caucase. Cinq siècles avant notre ère, Hérodote conseillait déjà le faisan conservé dans des amphores de miel de Colchide.

# Posté le jeudi 21 août 2008 16:08

Modifié le jeudi 21 août 2008 16:41

141 - En pensant à Jacques Mercier

141 - En pensant à Jacques Mercier


Quand j'étais à l'école primaire, Gérard valet animait déjà les petits matins du premier programme radio de ce qui s'appelait alors l'INR. Animer, c'est le mot exact. Car c'est de cette époque, celle de l'expo 58, que date la radio d'animation. Je n'entends plus bien ce qu'était la radio du matin avant Gérard sinon les une-deux-trois-quatre des émissions de gymnastique, les voix graves et ampoulées de la régie, les communiqués colombophiles, les « veuillez écouter à présent, dans le cadre de nos programmes de musique légère ... ».
Le Musique au Petit Déjeuner de Gérard valet s'est imposé comme une évidence.

Honnêtement, je ne crois pas l'avoir jamais écouté avec le même enthousiasme que les radios pirates de la Mer du Nord ou certaines émissions d'Europe 1. Simplement à cette heure-là, celle des toasts à la marmelade d'orange, des cornflakes et du premier thé de la journée, je n'aurais pas écouté autre chose. Il était en harmonie. Il y eut même des chocs, comme ce matin de 1967 où Gérard annonça simplement une nouvelle chanson des Beatles. Elle commençait banalement par « I read the news today, oh boy » sur une mélodie sympathique. Mais soudain un mur de son s'élevait qui suspendait le temps. La chanson s'appelait A day in the life et quand elle fut finie, on savait qu'on n'écouterait plus jamais une chanson de la même façon. Valet sentait très bien ces choses et n'avait peur de rien. Mais enfin, des années plus tard, quand je conduisais mes propres enfants à la crèche, que j'avais déjà quitté moi-même les studios de la RTB depuis longtemps, Gérard était toujours là. Lui qui aimait ce métier d'une inextinguible passion, il s'ennuyait. Sa tristesse me paraissait immense. Souvent, au cours de ces vingt années, il avait demandé à pouvoir à faire autre chose. Toujours on lui avait répondu qu'il était une institution. Il trouva heureusement du bonheur à l'extérieur, notamment avec Henri Roanne, esprit d'une liberté peu commune.

Valet partit au tournant des années 80. Parmi les amoureux de la radio, trop peu, me semble-t-il ont apprécié à sa juste valeur le travail de Jacques Mercier, quand il reprit Musique au Petit déjeuner. En moins d'un an, il avait gagné sur deux points essentiels. Premièrement, il avait considérablement élargi la programmation en l'ouvrant lentement mais sûrement à la nouvelle chanson, aux musiques anglo-saxonnes et latino-américaines. Deuxièmement, il avait réussi ce que Valet n'avait pu faire, ou s'était refusé à faire, quand, au début des années 70, le journal parlé éclata en de multiples rendez-vous, plus ou moins longs, échelonnés tout au long de son émission : un billet sportif, un édito, l'info commentée par un invité, la revue de presse, le point de l'actualité, la météo, l'info boursière, etc. Jusque là, il y avait eu une émission et un journal parlé. À présent, il restait de ci, de là, entre deux moments d'info, quelques minutes à remplir. Valet n'a jamais admis ce qu'il considérait comme une amputation, une ridicule limitation de son travail. Mercier, lui, réussit à donner l'impression que les multiples rendez-vous de l'info faisaient partie de son émission, qu'ils en étaient des séquences au même tire qu'un disque ou un jeu. L'idée clé fut d'organiser l'émission comme une succession de rendez-vous : qui chante ? le disque avant l'école... De sorte que l'animateur n'était pas le bouche trou de l'information mais le maître horloger d'une succession ininterrompue de moments attendus, tantôt sérieux, tantôt légers, donnant le sentiment d'une variété, d'une abondance, d'une infinie vitalité.

Le risque était bien sûr de donner à l'ensemble un caractère trop rigide, trop structuré, trop répétitif. Mais Jacques a développé un art éblouissant de l'erreur calculée, du lapsus, des rires impromptus, de milles petites fautes qui lui donnaient un air de totale spontanéité, pourtant parfaitement maîtrisés, dont la correction, la reprise, la ponctuation, étaient à chaque fois un clin d'½il et une performance, une petite merveille de rhétorique radiophonique. Il avait la parfaite maîtrise d'un danseur qui semble trébucher mais dont on devine, à voir la naturelle aisance de son retour à l'équilibre, que le faux pas était un artifice de la chorégraphie. Il rétablissait ainsi les équilibres de l'émission : face à l'immuable succession des séquences, l'imprévisible de ses interventions ; face à la gravité, à la lourdeur des news, sa légèreté, l'insignifiance voulue de son propos, son rire. C'était du travail d'artiste.

Il échoua quand Jean Paul Andret partit pour RTL et que Bruxelles 21 cessa de diffuser Mireille Mathieu et des airs d'opérette. La RTBF avait désormais sa boîte à rythmes anglo saxons pour réveiller les jeunes et la Première allait se repositionner deuxième âge. On ne dira jamais assez quelle erreur stratégique fatale a été la création de Radio 21. Le lancement d'une radio « jeune » vingt ans après Radio Caroline et Formule J, c'est-à-dire vingt ans trop tard, au moment même où le conflit de génération cessait d'être socialement structurant, forçait la chaîne principale, dont la vocation était de réunir l'ensemble des auditeurs, à vieillir artificiellement son ton et sa programmation. Elle n'avait plus à se rajeunir, elle était désormais la radio des vieux. C'était la brêche qui allait permettre à l'info du matin de réaliser son vieux rêve : éliminer l'animation et occuper tout le terrain. Le journal devint continu de 08:00 à 08:30. L'émission était ainsi définitivement privée de la possibilité de devenir un tout englobant et unifiant. C'était son arrêt de mort annoncé. Mercier chercha quelques vaines parades : chanson belge et séquence de poésie. Il céda la place à une Martine Matagne bien incapable de rajeunir ce que tout le monde s'ingéniait à vieillir. Jacques en profita pour réaliser son projet, déjà caressé au début des années 70, d'une émission centrée sur le rire et fit du Jeu des Dictionnaires sa brillante deuxième jeunesse.
21, la radio des jeunes, ne mit que quelques années à devenir la radio des jeunes vieux, au point qu'il fallut la scinder en une nostalgique de la jeunesse perdue et une encore Purement jeune.

Quant à l'info, elle règne aujourd'hui en maître absolu sur les matinales d'une Première depuis longtemps désertée par la majorité de son public. On n'y entend plus en guise de musique que le Brel et le Brassens de l'invité politique du jour. Ce n'est pas toujours sans talent bien sûr, mais tout le monde semble avoir oublié l'essentiel : la radio, c'est de la musique qui informe et de l'info qui chante.
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# Posté le samedi 16 août 2008 10:03

Modifié le samedi 16 août 2008 10:14

140 - la révolution dans l'école

Chaque mercredi, je passe dans un local étudiant de l'ULB chercher le panier de légumes bio de la semaine. C'est pas cher. Et c'est bon. Légumes de saison. Direct import from flemish farm. Beaucoup de choux.

Parmi les gens que je croise, il y a Georges Weis, professeur mythique de l'Athénée d'Ixelles qui a joué un rôle déterminant dans la révolution parascolaire des années 60-70.

Il y a quelques années, après la fermeture brutale de l'Athénée d'Ixelles, j'avais conseillé à Georges d'écrire un livre sur l'aventure singulière de cette école et le rôle qu'elle a joué entre autres dans l'invention du rénové.
Georges se lança dans l'aventure et y impliqua à sa merveilleuse manière une soixantaine de profs et d'élèves qui avaient participé à l'expérience. Cela donna un livre intitulé: Comment réussir et rater la révolution dans l'école.

Je me souvenais même pas que j'avais collaboré à ce livre mais je suis retombé sur une présentation que j'avais écrite et du coup sur le site que Daniel Bossut, qui après avoir étudié l'acupuncture vétérinaire en Chine, est allé vivre aux Etats Unis, a créé pour mettre l'entièreté du livre en ligne.

On peut donc le télécharger chapitre par chapitre sur l'url:

http://www.paintedlights.com/CPALI/table_matiere.html

Et voici le texte de ma présentation:

Comment réussir et rater la révolution dans l'école


De l'après guerre à la désillusion de la crise, des enseignants, des élèves, des parents ont rêvé d'une école solidaire, démocratique, efficace, heureuse.

Ce livre est le récit de leur saga. Sept auteurs, acteurs d'une expérience menée pendant quarante ans, réunissent soixante témoignages et de nombreux documents pour retracer leur tentative de révolutionner l'école:

Pendant les années 50
• un fonds social
• une maison à la mer entièrement construite par les professeurs et les élèves

Pendant les années 60
• la création des cercles parascolaires, des activités de recherche, des camps de vacances, du travail à côté et contre l'école, pour la changer
• un conseil des élèves, une association des parents pour la démocratiser

Pendant les années 70
• l'invention du rénové
• un comité de gestion associative réunissant élèves, professeurs, parents et direction.

Pendant les années 80
• la mixité dans l'école
• Un centre interculturel d'éducation ou les débuts d'une école multiculturelle

Inovateur, radical, moteur, l'Athénée d'Ixelles joue un rôle central dans cette saga. Mais il n'est pas seul. L'Ecole moyenne de Ganshoren, l'Athénée de Forest, des écoles française, corses, italiennes, des expériences suisses, la ligue de l'enseignement, sont parties prenantes d'un mouvement auquel dès la fin des années 70 vont violemment s'opposer les visions gestionnaires issues de la crise.

En septembre 1989, l'Athénée royal d'Ixelles, si bien renommé Athénée Rabelais, est fermé d'autorité. La fête est finie. L'enseignement traditionnel est de retour. Avec lui, l'élitisme, la fin de la démocratie dans l'école, l'oubli des inégalités sociales, la limitation des étudiants étrangers. La révolution semble définitivement perdue.

Pourtant, quelques mois plus tard, les enseignants lançaient la grande grève de 1990 pour la renaissance de l'école. En 1994, les étudiants les rejoignaient dans un mouvement sans équivalent depuis mai 68.

Ce livre leur est écrit pour eux. C'est un manuel scolaire pour qu'eux aussi ... ratent la révolution dans l'école.
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# Posté le mardi 12 août 2008 16:22

139 - Crise de la Médiathèque

139 - Crise de la  Médiathèque
Je viens de faire, à la Médiathèque de l'ULB, le plein de films et de musiques pour ne pas bronzer idiot pendant cette deuxième quinzaine de juillet que je vais passer à la mer (j'adore la Brusselse kust). En parallèle aux conversations amicales avec les médiathécaires inquiets pour leur avenir, je lis avec affliction les articles sur les difficultés d'une institution que j'aime et pour laquelle il m'est arrivé de travailler comme consultant avec beaucoup de plaisir. Le prêt a baissé de 40 % en quelques années. Motif? Le téléchargement. Réaction de la direction (je lis cela dans le Soir de ce vendredi 11 juillet): on va renforcer l'éducation (permanente) et "aider le public jeune à sortir de la culture réductrice du top 50". Quel aveuglement! Depuis le rock'n roll, tout ce qui a émergé de vif, de porteur, de passionnant dans la musique et le cinéma a été porté par les jeunes et sa diffusion s'est faite via le partage entre pairs (ce dont le P to P est l'inévitable amplification numérique). Le discours éducatif n'a, dans ces domaines, aucune chance parce qu'il n'a aucune pertinence.

Je ne trouve par contre aucune réflexion sur l'élément essentiel que constitue le prix. La Médiathèque a toujours pratiqué un prix de location relativement élevé. C'était la condition d'une relative indépendance vis-à-vis des subventions publiques. C'était aussi un moyen d'éviter un conflit permanent avec le commerce du disque. Cette politique la distinguait résolument de celle des bibliothèques publiques pour qui la (quasi) gratuité du prêt est la pierre angulaire de leur mission de démocratisation de la culture. Ce prix, même très supérieur à celui pratiqué par les bibliothèques françaises ou flamandes, restait intéressant - environ 10% du prix d'achat – et le prêt est devenu d'autant plus attractif que les outils de copie numérique permettent aujourd'hui de conserver des enregistrements de qualité sans infraction au droit d'auteur.

Le peer to peer a bouleversé la donne. Le CD musical à 1,60 représentait pour un jeune une dépense raisonnable pour découvrir un disque vendu 15¤. Elle ne l'est plus s'il peut le copier gratuitement. D'autant moins que le téléchargement incite à papillonner d'avantage et à prendre ici et là les morceaux préférés sans vouloir forcément écouter et a fortiori garder des albums entiers. Le verdict est sans appel : pour son public principal, les prix de La Médiathèque ne sont plus compétitifs. Le comble est atteint avec son site de téléchargement qui facture 0,99 ¤ par titre, ce qui est exorbitant par rapport à ses prix de location des médias physiques. La Médiathèque fait aussi payer la réservation par internet de médias en location alors que cette même réservation est gratuite dans les centres de prêt. Un internet plus cher que le magasin n'a évidemment aucune chance.

L'avenir des supports CD et DVD et de leurs circuits de diffusion est plus qu'incertain. Les compagnies de diligence peuvent retarder le développement des chemins de fer, mais tôt ou tard, elles disparaissent. Le peer to peer n'est pas une piraterie internet, c'est un des fondements de la culture jeune telle qu'elle s'est développée dans les cours de récréation depuis les années 50. C'est une culture qui ne se transmet pas verticalement comme la culture classique mais par l'échange horizontal entre ses adeptes. S'attaquer à ce fondement c'est déclarer à la jeunesse une guerre qui ne pourra être gagnée. Comme les auteurs, comme l'industrie, La Médiathèque n'a qu'une solution. Elle est connue de tous les stratèges : if you can't beat them, join them.

# Posté le samedi 12 juillet 2008 05:00

Modifié le samedi 12 juillet 2008 05:15

138 - The Beatles -- Help!

La Beatlemania reste un phénomène largement inexpliqué surlequel il m'arrive souvent de réfléchir. L'une de ses composantes tient je crois à une rupture essentielle avec le rock'n roll. Les films des années 50 révèlent une adolescence rebelle et violente: The Wild One de László Benedek (1953) avec Marlo Brando, Rebel without a cause de Nicholas ray avec james Dean (1955), Blackboard jungle de Richard Brooks (1955). Le rock'n roll était une musique libre, mais résolument tournée vers la face sombre, révoltée et provocatrice de l'adolescence.

Dix ans plus tard, au contraire, les Beatles manifestent une joie de vivre exubérante. Les deux films que leur consacre Richard Lester, A hard day's night en 1964 et Help en 1965 illustrent brillamment leur humour anglais, leur truculence, leur insouciance.

C'est d'autant plus lisible dans les chansons tristes qu'ils chantent résolument à contre sens. Ainsi de la chanson inaugurale du film Help, au texte presque pathétique, qu'ils interprètent dans le film comme dans le clip que voici de manière totalement distante, en sautillant, en souriant comme si les paroles ne les concernaient pas. La joie, le rythme, l'appétit de vie dominent tout.



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# Posté le jeudi 10 juillet 2008 05:19

Modifié le jeudi 10 juillet 2008 06:05