147 - Politique de l'immobilité

147 -  Politique de l’immobilité
Comme souvent en politique, un mot signifie exactement son contraire. Ainsi de la mobilité. Manifestement, pour le discours dominant, la mobilité idéale, la plus durable assurément, c'est l'immobilité.

Bruxelles a connu tous les excès de l'ouverture de la ville à l'automobile. Après le désastre urbanistique de la Jonction Nord-Midi, on a transformé la petite et la grande ceintures en autoroutes urbaines, on a défiguré à jamais l'avenue Louise et l'avenue de Tervueren, on a fait des percées, des tunnels, des viaducs sans considération pour les riverains, pour la beauté de la ville et pour la qualité de vie. À présent, toute vapeur inversée, il n'y a plus qu'une seule politique : freiner. Après avoir macadamisé, on revient aux pavés. Tant pis pour le bruit, l'inconfort et les amortisseurs. On parsème les avenues de casse-voitures, euphémiquement baptisés casse-vitesse. On installe à tout va des chicanes et des obstacles. On utilise les sens uniques non pour faciliter la circulation mais pour la drainer vers les grands axes embouteillés et interdire toute capillarité. On permet aux vélos de rouler à contre sens y compris dans des rues trop étroites pour faire se croiser un vélo et une auto. On diminue le nombre de bandes de circulation des grands axes. On élargit des trottoirs sur lesquels ne passe aucun piéton. Le résultat ? Une ville embouteillée du matin au soir. Du stress, de la fatigue, un immense temps perdu pour des centaines de milliers de personnes. Des ralentissements et des kilomètres de détour qui se traduisent par des millions de litres d'essence brûlés inutilement, de la pollution, du bruit. À contre sens de toutes les invitations à faire des économies d'énergie.

Cela s'appelle la dissuasion. Dissuasion, maître mot de la langue de bois du transport politiquement correct, se traduit en langage courant, par emmerdes, stress et retards supplémentaires. La dissuasion, c'est ennuyer une mère de famille par un réseau ubuesque d'interdictions et de détours quand elle cherche à conduire ses enfants de l'école à la piscine ou à l'académie de musique, à porter des courses à la grand-mère ou à passer chez le teinturier.

Les élus locaux justifient la fermeture d'une rue empruntée par des milliers de personnes par la tranquillité retrouvée de quelques riverains pour la simple raison que ces riverains votent dans la commune tandis que ceux qui circulent viennent des communes voisines. Mais bien sûr, ces derniers font la même chose chez eux. Ainsi chacun paie le calme qu'il obtient dans sa rue par un lot d'embouteillages et de temps perdu dès qu'il sort de chez lui. Idem avec le parking. On réclame des cartes de riverain pour pouvoir mettre sa voiture devant sa porte mais comme on fait la même chose partout, il devient impossible de parquer ailleurs que chez soi.

À cela, il faut ajouter, à l'occasion des 20 kilomètres ou de la journée du patrimoine, des journées sans voiture, présentées comme des fêtes conviviales, qui constituent en fait de véritables assignations à résidence. Des dizaines de milliers de personnes qui se trouvent à l'intérieur de la boucle ne peuvent en sortir ni en voiture, ni à vélo, ni à pied: aller voir sa vieille mère à l'hôpital, faire une course en ville ou une promenade en forêt sont interdits par des kilomètres de barrière et des centaines de policiers.

En bonne idéologie, la dissuasion rime aussi avec des promotions sans queue ni tête. Un professeur qui va à l'école en tram n'est pas dédommagé si son trajet est inférieur à 5 km mais s'il y va à vélo, il est remboursé de frais qu'il n'a pas exposés. A l'infirmière qui a des horaires coupés, on propose sans rire un abonnement de tram gratuit si elle abandonne sa voiture mais comment se passerait-elle de voiture quand il lui faut, quatre fois par jour, trois trams pour rejoindre son travail ? Et que fait-elle quand le bureau de poste voisin est supprimé, que le plus proche est désormais à 25 minutes à pied et que le transport en commun qui permettrait d'y aller est à dix minutes à chaque bout du trajet ?

Il ne s'agit pas de faire l'apologie de l'auto. C'est un moyen de transport du 19e siècle, cher, bruyant, polluant, encombrant et dangereux. Même s'il peut être plaisant d'avoir une belle voiture, la plupart des gens ne dépensent pas son coût mensuel exorbitant pour le plaisir mais parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Leur souci est de se déplacer avec leurs enfants le plus aisément possible et de faire un maximum de choses en un minimum de temps. Ils attendent des pouvoirs publics qu'ils prennent des mesures qui les aident à mieux vivre et non qui font du moindre déplacement une galère. Avec ou sans voiture, le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est mal parti.

# Posté le mercredi 10 septembre 2008 04:04

146 - Bart De Wever négationniste

146 - Bart De Wever négationniste

Parfois, dans l'image, les non dits de l'Histoire n'ont besoin que d'une phrase pour envahir tout l'espace. C'est pendant l'été au JT. On voit sur l'écran Bart De Wever. Il exige des excuses publiques de l'écrivain Pierre Mertens qui, dans un article du Monde, l'a traité de négationniste. Des excuses parce que l'accusation est grave. Elle l'est, en effet.

Il y a d'abord un fait historique. Bien connu des historiens, il est abondamment documenté dans le rapport La Belgique docile, rédigé par le CEGES à la demande du Sénat. On y lit cette terrible conclusion : «Anvers est le théâtre d'un événement unique dans l'histoire de l'occupation belge. La police locale arrête de façon autonome 1.243 Juifs dans le centre-ville et les livre aux autorités allemandes ».

Suite à ce rapport, après un riche débat au Conseil communal d'Anvers, le Bourgmestre Patrick Janssens présente, en octobre 2007, les excuses de la ville à la communauté juive de la Métropole. Tout le monde salue cet acte de dignité et de réconciliation, d'autant plus nécessaire que les faits n'ont pas été jugés après guerre.

Mais Bart De Wever, président de la NVA, critique immédiatement les excuses de Patrick Janssens, les qualifiant de « gratuites et inspirées par le seul souci de lutter contre le Vlaams Belang ».

Devant les réactions indignées de tous les partis démocratiques au nord comme au sud du pays, Bart De Wever rencontre des responsables de la Communauté juive d'Anvers et publie dans le Standaard une carte blanche intitulée Achter De Spiegel.
Il y écrit « J'ai réagi en tant que politicien versé en histoire, qui ne veut pas que sa ville d'Anvers et ses habitants, les Anversois, soient collectivement dépeints, aujourd'hui comme par le passé, comme étant racistes et intolérants.» Et il justifie ses déclarations par l'existence d'un débat qui divise les historiens sur l'histoire de l'Holocauste et par le fait que d'autres mobiles que l'antisémitisme ont également joué un rôle dans l'attitude des autorités communales anversoises, entre autres la peur de la répression.

Ce texte n'apaise nullement la polémique bien au contraire. Primo, personne, à commencer par le bourgmestre de la ville, n'accuse tous les Anversois de racisme et d'intolérance. Deuxio, il n'existe aucun débat divisant les historiens sur la réalité des faits incriminés à savoir la responsabilité des autorités communales d'Anvers dans cette déportation. Ces arguments ont comme seul effet de brouiller la réalité et d'appeler grise une situation qui, sur ce point, ne l'est nullement.

Contrairement à ce que pense Bart De Wever, le négationnisme ne se limite pas à nier l'existence des chambres à gaz. Il consiste aussi à relativiser comme « manque de discernement et de courage politique », l'un des actes les plus odieux commis par des autorités belges sous l'occupation. Ce que Mertens a bien compris, c'est que ce négationnisme mou, qui noie le poisson antisémite dans les brumes de l'Histoire, en dit long sur le sens qui travaille nos débats communautaires.

# Posté le mercredi 10 septembre 2008 03:57

Modifié le mercredi 10 septembre 2008 04:14

145 - L'avenir de la Médiathèque

145 - L’avenir de la Médiathèque
Deux de ses responsables, Pierre Hemptinne et Tony De Vuyst, ont réagi à ma brève intervention de cet été sur la crise de La Médiathèque. Comprenant que je critiquais essentiellement la politique tarifaire de La Médiathèque, Pierre et Tony me répondent que si les subventions publiques étaient plus importantes, elle irait volontiers vers le prêt gratuit : « La politique tarifaire actuelle de la Médiathèque ne signifie pas une opposition idéologique au gratuit. Mais bien une impossibilité budgétaire de proposer une gratuité à l'instant! » « Si les subsides publics étaient à la hauteur du volume de notre économie, nous préférerions offrir tout gratuitement ou en tout cas à un tarif vraiment démocratique ».

S'il s'agit d'idéologie, je pense au contraire que l'équilibre entre subventions publiques et recettes propres a été la base économique d'un équilibre culturel qui a fait l'originalité de la Médiathèque. Parce qu'elle dépendait financièrement de son public, la Médiathèque a toujours du tenir compte de ses attentes et rencontrer sa demande d'œuvres grand public : films à succès, top 100, jeux vidéos... En même temps, parce qu'elle n'en dépendait pas totalement, elle pouvait maintenir des catalogues plus fragiles : art et essai, musiques du monde, cinéma documentaire, outils pédagogiques ... C'était un équilibre difficile et la Médiathèque, entre autres grâce à la qualité de ses nombreux débats internes, a réussi à le maintenir à travers toutes les évolutions techniques qui ont bouleversé les conditions de diffusion de la musique et de l'audiovisuel beaucoup plus rapidement que celles du livre.

Ce qui est important pour le débat actuel, c'est que ces conditions de prêt étaient aussi financièrement avantageuses pour son public et l'étaient même devenues davantage encore avec l'arrivée des supports numériques car enregistrer un CD en MP3, c'était incontestablement mieux que d'enregistrer un microsillon sur une mini K7. Mais que le peer to peer et l'échange d'ordinateur à ordinateur ont supprimé tout avantage financier. Le membre médiathèque payait un 1,6 € un CD qui coûtait dix fois plus cher dans le commerce. Pourquoi paierait-il aujourd'hui 1,6 € ce même CD qu'il peut facilement télécharger gratuitement sur le net ou copier gratuitement chez ses amis ? Pourquoi le paierait-il même 16 centimes ? La question n'est plus de savoir s'il serait idéologiquement préférable ou non de pratiquer le prêt gratuit. La question est que le prêt payant d'un média physique quelque soit le prix demandé ne peut pas concurrencer la copie gratuite d'une œuvre dématérialisée. Et comme Tony et Pierre ont raison de dire que de toute façon, la gratuité du prêt est un objectif qui ne saurait être atteint dans le cadre des subventions publiques possibles, il s'en suit une diminution progressive du prêt. La baisse de recettes propres qu'elle entraîne brise l'équilibre culturel qui caractérisait la Médiathèque. Car, pour compenser ses recettes en baisse, l'institution ne peut que se tourner davantage vers les pouvoirs publics, et ne peut donc que parler davantage leur langue : celle de la lecture publique, de l'éducation permanente et des pouvoirs locaux. Cette stratégie – c'était le sens de ma critique - va couper la Médiathèque de son public et non lui donner une alternative pour le regagner parce dans les domaines culturels qui sont les siens, les principaux processus de diffusion des œuvres sont dus à des interactions horizontales entre « pairs » et non à une éducation verticale de ceux qui ne savent pas, par ceux qui sont les dépositaires légitimes du savoir.

C'est là que Pierre rappelle que la propagation horizontale n'empêche pas l'influence verticale des médias, de la pub, du marketing etc., influence qui peut être complétée voire contrée par le travail d'information d'autres instances. Cela va sans dire, mais il a raison, cela va mieux en le disant parce que la Médiathèque et ses médiathécaires ont acquis une expérience remarquable dans ce rôle de contre savoir. Mais ne nous leurrons-pas, il n'y a pas d'avenir économique possible pour La Médiathèque si cette fonction d'accompagnement du prêt devient sa fonction principale voire exclusive.

Et puis, dit-il, La médiathèque ne pourrait-elle pas participer de cet échange horizontal ? C'est, dit autrement, très exactement la question que j'ai soulevée. Je pense que La Médiathèque ne peut pas survivre si, en tant qu'institution, elle surplombe l'échange entre pairs. Elle n'a aucune chance dans la tradition, évidemment remarquable, de l'école pour tous, de la lecture publique et de l'éducation permanente. Elle sera à contre courant, y compris de son propre passé. Par contre, si elle peut se faire l'instrument de cet échange horizontal qui est une caractéristique majeure des cultures de la société de consommation et de communication, si elle peut s'y greffer, l'enrichir, le mettre en scène, en jouer, le relancer, elle pourra réussir ce qu'elle avait réussi dans le cadre du prêt public et qu'elle doit réussir à présent que le prêt disparaît avec le media physique et que le P2P donne à l'échange entre pairs des possibilités de développements inédits. Pour ces gamins armés d'un e-pod, d'un haut débit, d'un e-mule, d'un face-book, d'un you-tube, d'un google et d'un GSM, le défi est clair : La Médiathèque de l'ère internet sera pour eux un outil indispensable si, par rapport à la Médiathèque de Salkin, elle accomplit ce que Wikipedia a accompli par rapport à l'Encarta.
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# Posté le mercredi 03 septembre 2008 10:58

144 - antisémite? mais pas du tout !

144 - antisémite? mais pas du tout !
Voici donc Siné Hebdo. Pourquoi Siné Hebdo ? Parce que Siné a été remercié de Charlie Hebdo pour cette notule: «Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet (encore lui) a même demandé sa relaxe! Il faut dire que le plaignant est arabe! Ce n'est pas tout: il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !»

Le venin est dans le « Ce n'est pas tout ». Avant, il est sous-entendu que Jean Sarkozy, a été relaxé parce que le plaignant était arabe. Après, il est annoncé qu'il va se convertir au judaïsme pour épouser par intérêt une riche héritière juive. Et le bref « Ce n'est pas tout » fait le lien : pour arriver aujourd'hui, il convient d'écraser les Arabes et de courtiser les juifs.

Même signé Siné, ça ne sent pas bon. Mais, pour prendre, parmi d'autres, un exemple là où on ne l'attendait pas, dans Libération, daté du 29 août, Pierre Marcelle, défend le sympathique Siné, si libre, si drôle, si impertinent, et attaque le méchant rédacteur en chef de Charlie qui, lui, ne l'a pas entendu de cette oreille : «Depuis certain 11 Septembre et certaine croisade irakienne, le procès en antisémitisme se dégaine à tout propos et tout prétexte, au seul profit des antisémites véritables.» Voilà donc une deuxième notule qui ne sent pas bon, pourtant applaudie, elle aussi, par de nombreux lecteurs.

Rien à voir, nous dit Marcelle, avec « l'antisémitisme véritable », entendez le raciste. Nous sommes bien sûr aux antipodes des nazis, du côté des immigrés et des occupés contre les Sarkozy ami Bush ami Sharon. Siné n'est pas raciste, il est anti-colonialiste. Il l'était du temps de la guerre d'Algérie. Il l'est toujours du temps de l'occupation de la Palestine et de la guerre d'Irak. Vous ne voyez pas que la dénonciation indignée de l'antisémitisme sert aujourd'hui de caution aux pouvoirs impériaux, qu'elle a pour but de museler, d'interdire toute critique de leur brutale oppression. Les humoristes ne sont pas antisémites quand ils exercent leur droit à la provocation contre cet odieux stratagème du politiquement correct qu'est l'anti-antisémitisme.

Au même moment, au nom de la même conscience critique, le Théâtre Varia programme Dieudonné: «Il tire tous azimuts sur une société au paroxysme de la contradiction ».

Il va donc falloir vivre avec ça : l'humour antisémite, à condition de soutenir mordicus qu'il ne l'est pas, est désormais une forme honorable de l'esprit anticonformiste. Nous aurons tous, dans les années qui viennent, quelques amis antisémites et surtout beaucoup d'amis qui ne les trouveront pas antisémites.

# Posté le dimanche 31 août 2008 18:32

Modifié le lundi 15 septembre 2008 06:57

143 - Une vraie jeune fille ?

143 - Une vraie jeune fille ?
C'est le premier film de Catherine Breillat, Une vraie jeune fille (1976). Dans la première scène, la jeune fille, Alice, s'enfonce une petite cuiller dans la chatte pendant le repas familial. Elle commence à écrire son journal après avoir vomi sur sa chemise de nuit qu'elle garde sur elle (c'est tiède, ça sent le fade) pendant qu'elle écrit avec le stylo reçu pour sa première communion. À 20 minutes 48, (le début est fort lent) on la voit pisser la nuit dans les toilettes de l'internat et s'allumer une clope. La surveillante est répressive, la meilleure amie frustrée de n'avoir pas été invitée. À 24 minutes, elle nourrit les poules en petite culotte et brise un œuf pendant que sa mère dit cot cot. À 27 minutes, elle rêve d'embrasser un garçon sur la plage. À 30, on voit son chien qui renifle sa culotte quand elle est nue devant sa glace. Elle se met un peu d'encre rouge sur les tétons avant de vaporiser de l'anti moustique dans la chambre. A 38, elle a peur d'être trop jeune pour le bel ouvrier de la scierie. Vers 40, elle rêve d'être attachée nue et qu'il lui pose des vers de terre sur la toison. On arrive à la moitié du film. Au bal, elle voit le bel ouvrier embrasser une autre fille. À 50 minutes, elle dépose sa culotte sur la carcasse d'un chien mort et s'assied dans la mer. Puis elle rêve qu'elle danse et flirte avec un homme d'âge mûr. À 53, elle se maquille et se rend à la fête foraine. À 54, elle traite de salaud le type qui lui montre son sexe dans un manège. À 56, elle caresse son père de manière ambiguë. À 58, elle se branle sur les rails du chemin de fer. Puis égorge un poulet avec sa mère. Elles le plument. Comparaison du gluant du sexe avec celui des entrailles du poulet. Une heure pile : à la suite d'une réflexion de l'épicière, le papa interdit les promenades et dit à sa fille qu'il aurait dû l'enfermer depuis qu'elle a ses règles. Deux minutes plus tard, en train de bronzer, elle s'encule avec la bouteille de vinaigre mais, dit-elle, cela ne lui fait rien. Elle retourne à la scierie, voit de dos le bel ouvrier pisser, s'assied et en fait autant pour lui, qui passe son chemin. Elle rêve qu'elle marche devant lui à quatre pattes avec des plumes d'oiseaux dans le pet. Il enlève une plume avec les dents, elle l'embrasse. Il lui offre quelques fleurs des champs. Ils se branlent l'un à côté de l'autre. Il essuie sa main sur sa robe. 1 h 09 : elle compare son sexe à un poisson mort et lui dit va-t-en ! 1h 10, La mère s'emporte : elle ira toute nue sur la place du village pour faire scandale. 1h12 : le père baise sa maîtresse dans les dunes. 1h14 : la mère dit au père : tu m'as toujours trompée. Alice fait une tache d'encre sur sa chemise de nuit et goûte de la cire de bougie. Le bel ouvrier arrive dans une petite voiture rose pour discuter avec le père. Alice fouille la boîte à gants. Il l'emmène. Il l'embrasse. Elle dit non non. À 1h 21, elle exige qu'il aille en Suisse lui acheter la pilule. À 1h23, elle fait des câlins à son chien puis fait la lessive avec sa mère qui se plaint de trouver partout le sperme de son mari. 1h24 : l'ouvrier lui a acheté la pilule. Ils s'embrassent. Elle lui donne rendez-vous. À 1h26, elle entend la détonation. L'ouvrier est tombé dans le piège à sanglier installé par le père dans le chemin des maïs. 1h27 : Alice prépare sa valise pour retourner à l'internat. Les vacances sont finies.

1976 donc. Qu'est-ce qui, de la révolution sexuelle et du féminisme, vient là déjà s'échouer ? Je pense à Duras. Même époque. L'organique emprisonne le corps qui ne devient jamais libre. Un corps définitivement sans joie et sans esprit.

# Posté le lundi 25 août 2008 16:58

Modifié le mardi 26 août 2008 10:54