03 - JAMES BROWN: I'M BLACK AND I'M PROUD

03 - JAMES BROWN: I'M BLACK AND I'M PROUD
Il est mort à Noël à 73 ans.

Je l'ai rencontré en 1972. C'était ma première interviewe radio.
Il est arrivé très tard après avoir fait ouvrir à 22 heures des boutiques de l'avenue Louise pour s'acheter des chemises. Accompagné par le patron du Black and Withe. Roger du Black, qu'on disait, si j'ai bonne mémoire.
A la fin de l'entretien, Brown m'a dit: j'ai 4 radios aux USA, venez travailler pour moi. Je n'y ai pas cru.

J'ai vu son concert à Forest National, organisé par les frères Ambach. Il avait une énergie folle. Et les cuivres n'étaient pas tristes. C'était pas le genre banjo!

Bonne nuit, Monsieur Brown.
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# Posté le lundi 25 décembre 2006 07:48

Modifié le mardi 25 décembre 2007 16:05

01 - Télé décodée

01 - Télé décodée
Bonjour Madame Simone Veil

En 1989, elle était la présidente de l'année européenne du cinéma et de la télévision. À ses côtés Robert Stéphane, patron de la RTBF. Soudain au cours d'une réunion, un courant d'air, une porte qui claque. Elle sursaute comme quelqu'un en danger de mort. Il fait chaud. Un silence amical pour qu'elle retrouve son calme. Sur son bras, les traces d'un tatouage très ancien.

Ça se passe un samedi soir à la mer. La mer du nord. Méchante la mer du nord en cette saison. Il est déjà tard. Après un film à succès, sympa d'ailleurs, Le bonheur est dans le pré, passe un documentaire sur une femme politique française, Simone Veil . Elle est assise sur un lit avec son amie Marceline Loridan. Marceline Loridan c'est un nom qui ne dit pas grand-chose à grand monde si ce n'est à ceux qui savent qu'elle a été la compagne du cinéaste hollandais Joris Ivens, le coauteur avec Storck du grand documentaire sur le Borinage des années 30, et co-réalisatrice entre autres, de son chef d'œuvre sur le vent, filmé en Chine et diffusé par la RTBF dans cette émission magique qui s'appelait Carré Noir. De politique on en parlera un peu dans cet hommage mais pas de la manière qu'on croit. Parce qu'on parlera surtout de comment une jeune femme juive de 16 ans et demi a vécu la déportation. Birkenau à seize ans et demi, c'est pas top comme première surprise party.

Un caillou à Birkenau
C'est le hasard bien sûr, il se fait qu'à Birkenau, j'y étais trois jours avant, avec quelques jeunes de 7 à 77 ans dont une majorité flirtait avec les 16 ans et demi.
Dans la série des papys était un ancien enfant caché dont une grande partie de la famille avait été assassinée là. Et il faut voir ce là. Il y venait pour la première fois et ramassa un caillou au lieu précis où les médecins SS décidaient de la vie ou de la mort immédiate de ceux qui descendaient du train. Dans la tradition juive, c'est un caillou, pas une fleur qu'on dépose sur une tombe. Dans le groupe, la plus jeune devait avoir sept ans. Une de 19 lui prit la main et ne la lâcha pas durant les trois heures de visite sous la pluie glacée de novembre. Il y a des lieux où toute jeune fille devient spontanément une maman. Et où, contre toute attente, tout ado sait devenir un homme responsable. Tout le monde avait la veste, le bonnet et les bonnes chaussures. Et se demandait in petto comment d'autres avaient pu survivre habillés d'un pyjama et de pantoufles trouées. Simone Veil filmée là disait : vous n'imaginez pas l'odeur. Vous n'imaginez pas la lumière sans cesse obturée par la fumée des crématoires. On imagine pourtant. Dans ces baraques préfabriquées, conçues pour cinquante deux chevaux et dans lesquelles on entassait huit cents personnes. Six à huit par lit. Sur la paille. Dans la vermine. Jamais lavés. Pas de chauffage. Morts de faim, de soif, de fatigue, de froid, de haine, de typhus. On ne sait pas, c'est vrai qu'on ne peut pas savoir, mais on imagine.

Survivre
Son mari a eu cette phrase simple: depuis 1945, je n'ai plus peur. Et elle, cette autre : étrangère partout. Cette femme, Simone Veil, c'est si beau de la voir au milieu de sa famille, vivante parmi les vivants, dans la générosité et la transmission. Et c'est beau de savoir que c'est elle qui a été la première présidente du parlement européen élu au suffrage universel. Et c'est beau de se dire que c'est elle qui a porté en France la loi de dépénalisation de l'avortement. On pouvait être contre. C'était et c'est toujours une opinion légitime. Mais la traiter de nazie ! Elle, qui à seize ans et demi, car c'est un âge où on compte encore les demi, est arrivée dans le trou du cul du monde, le pire endroit où quelqu'un ou quelqu'une pouvait descendre d'un train et poser sa valise pour être dépouillé de tout, de sa famille, de son humanité, de sa jeunesse, de son nom. N'être plus que le numéro tatoué sur son bras. Être livré à la brutalité absolue. N'avoir aucune chance de survie que la chance. Survivre quelques semaines dans des conditions indignes de quelque bête que ce soit. Il y eut des survivants. Mais a-t-on conscience de ce que veut dire survivre ? De ce que la plupart « survivaient » moins de deux mois, moins d'un mois, moins d'une semaine. Elle disait, Simone Veil, dans ce film, que tant de gens n'ont pas encore compris. Comprendre. Prendre avec soi. Prendre dans ses bras. Vous avez compris, vous ? Vous avez pris ne serait-ce que la première mesure de cet incommensurable assassinat? Vos enfants qui étaient là dans la pluie glacée de Birkenau il y a quelques jours, ont commencé, eux, de comprendre. S'ils ont la chance de rencontrer un jour Simone Veil, ils lui diront « Bonjour Madame ». Car c'est une dame, oui, qui les embrassera. Une grande dame.
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# Posté le lundi 25 décembre 2006 05:01

Modifié le mardi 25 décembre 2007 16:05