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139 - Crise de la Médiathèque

139 - Crise de la  Médiathèque
Je viens de faire, à la Médiathèque de l'ULB, le plein de films et de musiques pour ne pas bronzer idiot pendant cette deuxième quinzaine de juillet que je vais passer à la mer (j'adore la Brusselse kust). En parallèle aux conversations amicales avec les médiathécaires inquiets pour leur avenir, je lis avec affliction les articles sur les difficultés d'une institution que j'aime et pour laquelle il m'est arrivé de travailler comme consultant avec beaucoup de plaisir. Le prêt a baissé de 40 % en quelques années. Motif? Le téléchargement. Réaction de la direction (je lis cela dans le Soir de ce vendredi 11 juillet): on va renforcer l'éducation (permanente) et "aider le public jeune à sortir de la culture réductrice du top 50". Quel aveuglement! Depuis le rock'n roll, tout ce qui a émergé de vif, de porteur, de passionnant dans la musique et le cinéma a été porté par les jeunes et sa diffusion s'est faite via le partage entre pairs (ce dont le P to P est l'inévitable amplification numérique). Le discours éducatif n'a, dans ces domaines, aucune chance parce qu'il n'a aucune pertinence.

Je ne trouve par contre aucune réflexion sur l'élément essentiel que constitue le prix. La Médiathèque a toujours pratiqué un prix de location relativement élevé. C'était la condition d'une relative indépendance vis-à-vis des subventions publiques. C'était aussi un moyen d'éviter un conflit permanent avec le commerce du disque. Cette politique la distinguait résolument de celle des bibliothèques publiques pour qui la (quasi) gratuité du prêt est la pierre angulaire de leur mission de démocratisation de la culture. Ce prix, même très supérieur à celui pratiqué par les bibliothèques françaises ou flamandes, restait intéressant - environ 10% du prix d'achat – et le prêt est devenu d'autant plus attractif que les outils de copie numérique permettent aujourd'hui de conserver des enregistrements de qualité sans infraction au droit d'auteur.

Le peer to peer a bouleversé la donne. Le CD musical à 1,60 représentait pour un jeune une dépense raisonnable pour découvrir un disque vendu 15¤. Elle ne l'est plus s'il peut le copier gratuitement. D'autant moins que le téléchargement incite à papillonner d'avantage et à prendre ici et là les morceaux préférés sans vouloir forcément écouter et a fortiori garder des albums entiers. Le verdict est sans appel : pour son public principal, les prix de La Médiathèque ne sont plus compétitifs. Le comble est atteint avec son site de téléchargement qui facture 0,99 ¤ par titre, ce qui est exorbitant par rapport à ses prix de location des médias physiques. La Médiathèque fait aussi payer la réservation par internet de médias en location alors que cette même réservation est gratuite dans les centres de prêt. Un internet plus cher que le magasin n'a évidemment aucune chance.

L'avenir des supports CD et DVD et de leurs circuits de diffusion est plus qu'incertain. Les compagnies de diligence peuvent retarder le développement des chemins de fer, mais tôt ou tard, elles disparaissent. Le peer to peer n'est pas une piraterie internet, c'est un des fondements de la culture jeune telle qu'elle s'est développée dans les cours de récréation depuis les années 50. C'est une culture qui ne se transmet pas verticalement comme la culture classique mais par l'échange horizontal entre ses adeptes. S'attaquer à ce fondement c'est déclarer à la jeunesse une guerre qui ne pourra être gagnée. Comme les auteurs, comme l'industrie, La Médiathèque n'a qu'une solution. Elle est connue de tous les stratèges : if you can't beat them, join them.

# Online seit Samstag, 12. Juli, 2008 um 05:00

Geändert am Samstag, 12. Juli, 2008 um 05:15

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