Skyrock.com
  • ACCUEIL
  • BLOG
  • PROFIL
  • CHAT
  • Musique
  • Sources
  • Vidéos
  • Waka
  • Groupes
  • Cadeaux
  • Facebook
  • Connecte-toi
  • Crée ton blog

  • Blog
  • Profil

LE BLOG DE MICHEL GHEUDE

Photo de michelgheude

michelgheude

  • Envoyer un message
  • Offrir un cadeau
  • Ajouter à mes amis
  • Bloquer
  • Devenir fan
  • Choisir cet habillage

Ses Honneurs (2)

  • Com' 100
  • Visit 1000

» Suite

Son profil

Profil de michelgheude
michelgheude63 ans
bruxelles
Belgique

RSS

Signaler un abus

Infos

  • Création : 25/12/2006 à 01:51
  • Mise à jour : 16/09/2010 à 00:15
  • 176 articles
  • 109 commentaires
  • 6 amis
  • 3 kiffs

Ses archives (176)

  • 176 - Paradoxes de l’esprit critique
    PARADOXES DE L'ESPRIT CRITIQUE Il n’y a pa...
  • 175 - Toujours ringard !
  • 174 - Ringard!
  • 173 - Dans l’intérêt supérieur de l’enfant …

» Suite

Ses amis (6)

  • ldevissldeviss
    22 ans
    Bruxelles
    Belgique Belgique
  • lagreffelagreffe
    25 ans
    chatenois les forges - Territoire de Belfort (90)
    France France
  • PS-XLPS-XL
  • BREVEBREVE
    70 ans
    Braine-le-Château
    Belgique Belgique
  • lapianistelapianiste
  • auschwitz-tripauschwitz-trip

Liens Skyrock Publicité

Design by lequipe-skyrock Choisir cet habillage

176 - Paradoxes de l'esprit critique



PARADOXES DE L'ESPRIT CRITIQUE

Il n'y a pas longtemps, lors d'un cours sur les débats suscités dans nos sociétés par le développement exponentiel des nouvelles technologies, j'ai demandé à deux étudiantes de présenter les arguments pour et contre le principe de précaution.

En guise de documents favorables, je leur ai donné le rapport des professeurs Kourilsky et Viney, remis au Premier Ministre français en 1999 dans la perspective d'inscrire le principe de précaution dans la Constitution. En guise de documents défavorables, un texte du physicien de l'ULB, Pasquale Nardone et le rapport 2007 de la Commission pour la Libération de la Croissance Française, dit rapport Attali.

A ma grande surprise, les deux étudiantes, non seulement n'ont pas discuté les arguments développés dans ces textes, mais elles ne les ont même pas lus. Après quelques recherches sur le net, elles ont axé toute leur présentation sur la dénonciation de sociétés pétrolières qui auraient payé des scientifiques pour écrire des articles contestant la réalité du réchauffement climatique. !

Dans un premier temps, je n'y ai vu qu'une forme de paresse et j'ai sanctionné leur travail par une mauvaise note. Mais les deux étudiantes se sont insurgées. Elles ne comprenaient pas. Elles avaient beaucoup travaillé. Plutôt que de résumer des textes publiés par des autorités, elles avaient fait des recherches par elles-mêmes. Plutôt que de croire les experts, elles avaient fait preuve d'esprit critique.
C'était précisément ce que leurs professeurs du secondaire leur avait patiemment appris : chercher par soi-même, ne pas croire tout ce qu'on vous dit les yeux fermés, se méfier des manipulations, ne pas faire confiance aux sources trop proches du pouvoir et de l'argent, développer sa propre opinion, penser par soi-même sans suivre tel ou tel courant dominant, ne pas se laisser influencer.

La méfiance radicale
Voilà donc un paradoxe remarquable : l'esprit critique est devenu la justification intellectuelle et éthique d'un « principe de méfiance radicale» qui suppose que toute information émanant des autorités gouvernementales, des grandes compagnies, des universités et des médias de masse vise à manipuler et à endoctriner l'opinion publique tandis que la vérité est systématiquement censurée et cachée sous une masse d'informations mensongères.

Les médias, la télévision, la publicité et internet sont montrés du doigt comme les vecteurs principaux de cette manipulation : pouvoir d'influence énorme, formatage des modes de pensée, uniformatisation de la culture, adhésion des gens à des valeurs qui n'étaient pas les leurs ...

On a beau démontrer que le concept de manipulation est inadéquat pour décrire le pouvoir des médias dans la société et comprendre les interactions entre les médias et l'opinion publique, nombre d'étudiants n'en démordent pas. En témoignent, parmi des dizaines d'autres, ces quelques extraits d'examens récents:
« L'humain est rentré dans un état d'hypnose (...) tout est objet à manipulation dans un contexte médiatique. Pour des raisons politiques, économiques ou à but de propagande. Les médias manipulent le téléspectateur ».
« Nous sommes perdus, naïfs, incompréhensifs (...) pourquoi tant d'informations, tant d'images ? »
« Montée d'une obéissance insouciante à l'exercice de la violence sur autrui. Si c'en est déjà à la douleur physique, qu'en est-il pour le psychique, chers messieurs de la télé ? »
« Comment expliquer le fait que l'on agisse comme des petits moutons et que nous nous fassions manipuler (...) est-ce une méthode de manipulation ? Intégrons-nous le voyeurisme pour mieux accepter la vidéo surveillance, le fichage ? »
« L'accès à l'information n'a jamais été aussi aisé. Pour ma part, je dirais que l'accès à l'information n'a jamais été aussi biaisé ».

La plupart admettent que leur théorie de la manipulation et leur méfiance à l'égard des médias ne changent pratiquement rien à leur manière de vivre : ils font un usage massif d'internet et consomment médias et informations comme tout le monde. Mais eux, évidemment, le font avec esprit critique et pensent que c'est cet esprit critique qu'il faut répandre parmi les autres, c'est-à-dire la grande masse des citoyens, qui consomment l'information sans réfléchir et croient les yeux fermés tout ce qu'on leur raconte.

Triomphe de la manipulation
Ce scepticisme se nourrit de deux convictions qui, elles, ne semblent soumises à aucun esprit critique.

La première est qu'il y a bien quelque part des gens qui veulent nous manipuler, qui veulent nous formater, nous uniformiser, nous diriger. Pour que l'esprit critique s'exerce, pour que le scepticisme soit justifié, pour que la conscience reste en éveil, il faut que le danger existe réellement. Il ne suffit pas de veiller à ne pas être manipulés. Il faut que la volonté de manipuler soit effectivement mise en œuvre. Il ne faut pas s'inquiéter d'un 1984 potentiel mais résister au « meilleur des mondes » déjà advenu sans que le monde en ait pris conscience.

Car, deuxième conviction, les manipulateurs n'exercent leur pouvoir que parce que leur manipulation a réussi. La majorité des gens est manipulée. Contrairement aux régimes totalitaires qui s'imposent par la force, les manipulateurs dirigent les masses en leur donnant ce qu'elles veulent. Elles sont crédules et naïves. Donc elles croient ce qu'on leur raconte. Elles sont dépourvues d'esprit critique, donc elles aiment ce qu'on leur donne à aimer. Elles se laissent hynoptiser. Elles aiment le voyeurisme. Elles consomment sans réfléchir. Et les manipulateurs n'ont qu'à les caresser dans le sens du poil car ce poil va forcément dans le mauvais sens.

Ainsi, apparemment triomphant, l'esprit critique nourrit une vision, romanesque mais profondément irréaliste du monde. Car, bien entendu, en réalité, les autres citoyens ne sont, dans leur ensemble, ni plus ni moins naïfs, crédules et manipulables que nous mêmes. Ils ont éventuellement d'autres valeurs et d'autres convictions, dont ils sont aussi responsables que nous le sommes des nôtres, influencés bien sûr, comme nous le sommes tous, par les informations que les médias nous donnent. Mais ils ne sont pas pour autant les jouets de quelques puissances maléfiques qui les maintiendraient volontairement, au fond d'une caverne ou d'un théâtre d'ombres.

Nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes.
Mais, dans ces réactions de méfiance, il y a aussi un élément positif : les citoyens ne sont pas naïfs. Ils ne sont pas prêts à se faire endoctriner. Ils tiennent à leurs idées, leurs convictions, leurs valeurs. Ils n'entendent pas n'être que des moutons dans un troupeau. Ils veulent maintenir leur conscience éveillée et faire usage de leur esprit critique.

Ils voient bien que les médias prennent une importance croissante dans le débat public. Qu'ils déterminent l'agenda de l'opinion, qu'ils mobilisent notre temps et notre attention. Et donc qu'il est justifié de faire attention, de ne pas se laisser emporter sans réfléchir, de ne pas s'abandonner aux sirènes de la toile et du petit écran.
Le scepticisme de l'esprit critique est l'antidote de la séduction publicitaire, du divertissement télévisuel et du spectacle journalistique. Mais le fait qu'il soit partagé par tout le monde est aussi la meilleure preuve que ce que nous craignons n'arrive pas. Que les dangers potentiels d'une société médiatique, ne se réalisent pas. Malgré les millions de messages publicitaires que nous recevons, malgré les milliers d'heures que nous passons devant la télévision, malgré l'importance croissante d'internet dans nos vies quotidiennes, nous ne vivons pas dans une société uniformisée, standardisée, où tout le monde pense la même chose, sous l'effet d'une propagande permanente et insidieuse. Les individus restent eux-mêmes, soucieux de préserver leur personnalité et leurs valeurs. Et ça, c'est une bonne nouvelle !
​ 0 |
Commenter

Plus d'informationsN'oublie pas que les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions générales d'utilisation de Skyrock et que tu peux être identifié par ton adresse internet (38.107.179.239) si quelqu'un porte plainte.

Tu n'es pas identifié. Clique ici pour te connecter à ton compte

#Posté le jeudi 16 septembre 2010 00:09

175 - Toujours ringard !

175 - Toujours ringard !
​ 0 |
Commenter

Plus d'informationsN'oublie pas que les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions générales d'utilisation de Skyrock et que tu peux être identifié par ton adresse internet (38.107.179.239) si quelqu'un porte plainte.

Tu n'es pas identifié. Clique ici pour te connecter à ton compte

#Posté le jeudi 16 septembre 2010 00:01

174 - Ringard!



174 - Ringard!
Paul Hermant anime depuis trois ans une chronique quotidienne dans Matin Première. Cet été, la RTBF décide d'y mettre fin. La chronique avait ses amateurs. Ils lancent une pétition, écrivent lettres et cartes blanches, secouent l'internet. Voilà que, le 19 août, Le Soir leur répond par un billet d'humeur assassin signé Agnès Gorissen : « La RTBF devait rendre Matin Première moins institutionnelle, moins politique, moins « ronflante ». Et paul Hermant n'était clairement plus dans le ton ».

On appréciera cette manière délicate de tirer sur l'ambulance et, en guise d'hommage, de traiter son confrère d'« opportuniste », de « poujadiste » et de « donneur de leçons », trois qualificatifs qui vont fort mal à l'inventeur de l'Opération Villages Roumains, de Causes Communes, du Quotidien des Electeurs et de Radio Balkans. Dans ce même registre, Agnès Gorissen titre : « Faut-il que le service public soit ringard ? »

Ringard, n'est-ce pas, c'est une manière désobligeante de dire que quelque chose est démodé, dépassé, obsolète.
Le paradoxe c'est que, dans nos sociétés médiatiques, être à la mode, c'est forcément être déjà dépassé. Ce qui est à la mode, c'est ce qui était original, mais a été imité, adopté et adapté par le plus grand nombre. On disait autre fois « récupéré ». Il y a, en marge, des avant-garde, des branchés, des up to date, qui inventent le la. Dans un an ou deux, ils auront gagné l'opinion et domineront l'air du temps. Ils seront « à la mode ». C'est-à-dire ringards aux yeux de ceux, encore minoritaires, qui les détrôneront bientôt.

Pour le ringard, pourtant, tout ne sera pas perdu. Car une autre minorité s'en fera un signe de distinction. Le ringard deviendra « culte ». Et quand ce culte s'élargira, il deviendra une nouvelle mode et reviendra dans l'air du temps sous l'étiquette de la nostalgie. Jamais, comme aujourd'hui, le démodé n'a été aussi présent. Les chansons d'il y a dix, vingt, cinquante ans, sont omniprésentes.
Médias de masse, la radio et la télévision, jouent obligatoirement middle of the road. Elles épousent l'air du temps, l'accompagnent, le rythment, l'illustrent, l'enchantent. Elles sont par définition, un art du ringard. Une œuvre qui vient trop tôt sera redécouverte plus tard mais une émission qui vient trop tôt disparaîtra à jamais. Innover en radio télévision, c'est forcément trouver la forme grand public d'une idée qui a cessé d'être neuve.

Et Paul Hermant, est-il ringard ? Il pourrait l'être même en étant ce qu'il est, à savoir la meilleure plume de toute la presse francophone. Mais il n'est pas ringard. Ce serait un problème s'il n'était tout-à-la fois le gardien de l'Histoire, un capteur exceptionnel de l'air du temps, et une pensée en avance sur vous et moi. Or ce court-circuit dans la logique et la chronologie de l'opinion, cette manière d'être à la fois du passé, du présent et de l'avenir, a, dans le domaine de la mode, un nom prestigieux: classique.

Paru dans Regards, CCLJ, septembre 2010
​ 0 |
Commenter

Plus d'informationsN'oublie pas que les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions générales d'utilisation de Skyrock et que tu peux être identifié par ton adresse internet (38.107.179.239) si quelqu'un porte plainte.

Tu n'es pas identifié. Clique ici pour te connecter à ton compte

#Posté le mercredi 15 septembre 2010 23:56

173 - Dans l'intérêt supérieur de l'enfant ...

173 - Dans l’intérêt supérieur de l’enfant …


Il y eut Caryl Chessman (1921 - 1960), condamné en Californie. Il écrivit quatre livres dans le couloir de la mort. Le succès fut mondial.

Il y eut, plus près de nous, Pierre Goldman, frère aîné de Jean-Jacques. Condamné à vie pour un hold up sanglant dans une pharmacie, il publia ses Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France avant d'être acquitté en appel en 1976 et mystérieusement assassiné trois ans plus tard. Son livre reste un des textes cultes de la génération 68.

Il n'y a pas, heureusement, la même odeur de sang dans le livre de Marcello Sereno. Il n'a tué personne et ne passera pas douze ans dans un pénitencier dans l'interminable attente d'une improbable grâce. A peine quelques heures de garde à vue. Et une vilaine condamnation, avec sursis, pour attentat à la pudeur. Le romantisme du frisson ne sera pas au rendez-vous.
Et pourtant ces livres ont des choses en commun.

Le monstre
D'abord, ce sont de vrais livres. Des livres vrais. Des livres écrits. Des textes d'une force suffisante pour dépasser notre besoin de larmes et d'indignation. Dès la première page, nous savons que nous allons, bien au delà des faits et des jugements moraux, rencontrer un homme et un destin et que de cette rencontre, nous ne serons pas quitte. Nous sommes sur la frontière, dans cet espace ambigu où nos convictions, nos croyances, nos vérités sont soumises à des vents violents qui ne jaillissent que par le pouvoir de la littérature.
Ensuite, inéluctable conséquence, la machine policière et judiciaire ne peut y figurer que sous les traits d'un monstre. Sa vérité n'est jamais celle de l'homme qu'elle juge, innocent ou coupable peu importe. Dans tous les cas, elle le brise et le prive du droit d'être qui il est. Du sujet qu'il était, elle fait son objet. La vérité judiciaire, décisive, est une vérité construite pour que justice puisse être rendue. C'est sa loi. Elle ne peut que s'y soumettre et faire entrer de force la complexité des êtres dans ses catégories, leur laissant le goût amer de l'incompréhension.

Si ces livres sont d'ultimes plaidoyers, même quand le processus judiciaire ne permet plus à la chose d'être rejugée, c'est qu'ils sont les récits d'une réappropriation. L'expression d'une volonté acharnée de reconquérir le droit à sa vérité, à sa conscience, à sa dignité.

L'enfer
Sereno donc se sépare de la femme qui lui a donné une petite fille. Il obtient du tribunal les habituels droits de visite qui permettent au père et à l'enfant de garder ce minimum de relation, ce fil précaire, si nécessaires à l'un et à l'autre. Jusqu'au jour où l'enfant accuse son père d'attouchements. Et alors, bien sûr, commence pour tous les protagonistes, l'enfant, la mère, le père, les proches, ce qui s'appelle l'enfer.
Acquitté en première instance, Sereno est reconnu coupable en appel. Le lecteur sort pourtant de son livre convaincu de son innocence. Mais ce n'est pas la question. Que parfois, peut-être souvent, la justice se trompe, qu'elle se laisse prendre aux ruses de celui-ci ou aux mensonges de celui-là, que certaines évidences l'égarent au lieu de l'éclairer, comment cela ne serait-il pas ? Et il se peut en l'espèce que la justice se soit trompée. Après tout, le juge de première instance n'avait pas condamné Sereno. Il n'était pas moins juge que son collègue d'appel. Acquitté une fois, condamné une fois, cela laisse de la marge au doute, indépendamment du fait que l'appel soit sans appel. Si le livre ne disait que cela, il ne dirait pas grand chose. Et il ne dirait rien si Sereno était vraiment coupable et que son texte ne fût qu'un plaidoyer pro domo, une tentative plutôt honteuse de vouloir transformer l'opprobre en pitié.

Non, encore une fois, ce qui fait l'intérêt de son livre, indépendamment du jugement lui-même, indépendamment du fait que Sereno ait ou non abusé de sa fille, c'est le récit d'un affrontement avec le Monstre. C'est la description méticuleuse d'un jeu dans lequel le joueur joue forcément perdant, même s'il est acquitté. Dont il ne peut sortir que vaincu. Littéralement anéanti.

L'expert
Dans cette affaire, il n'existe aucun fait matériel. C'est parole contre parole. Celle du père contre celle de l'enfant. Mais l'enfant est un enfant. Un infans, c'est-à-dire celui qui ne parle pas. En tout cas, dont la parole n'est pas énoncée par un être responsable de ses paroles. Comment juger cette parole crédible ? Comment lui donner foi ? La justice navigue entre Charybde et Sylla. D'un côté le risque de ne pas écouter attentivement la parole d'une victime d'autant plus fragile que sa parole est encore naissante, hasardeuse, timide. De l'autre, le risque de donner foi à un enfantillage ou pire encore, à une parole manipulée, téléguidée par d'autres qui, de bonne ou de mauvaise foi, font dire à l'enfant les paroles qu'ils veulent ou qu'ils craignent d'entendre. C'est la sagesse même du juge qui lui fait donc faire appel à un tiers, un expert, capable de démêler le vrai du faux dans la parole de l'enfant. Cet expert, en l'espèce, c'est le psy. Ainsi se met en place un mécanisme terrible, qui interpelle politiquement (Sereno insiste sur le fait que son affaire pose question non seulement à la Justice mais à la démocratie) en ce sens qu'il déresponsabilise à la fois le juge et son expert. Car l'expert ne juge pas. Il se contente d'expertiser. Son avis est consultatif. C'est le juge qui juge. Mais le juge s'est mis dans la situation de ne pouvoir que suivre son expert. Il a recourt à un expert précisément parce que sans lui, il se dit incapable de juger. C'est donc le juge qui juge en droit mais c'est l'expert qui juge en fait. L'expert n'est donc responsable ni du verdict ni de ses conséquences. C'est pourtant lui finalement qui aura joué le rôle principal.

Le piège
Dès le premier jour, Sereno est confronté à des psychologues qui, en toute bonne foi, pour ne pas prendre le risque de laisser une enfant abusée sans soutien, font l'hypothèse qu'il est coupable. A partir de là, son destin est scellé. La psychologue joue tous les rôles. D'abord experte, elle devient thérapeute de l'enfant. Toutes les expertises demandées par les juges successifs ne seront plus que les copiés collés de ses rapports à elle, fautes d'orthographe incluse. Les mêmes rapports serviront de base aux interrogatoires de police. Plus personne jamais n'écoutera que l'enfant, toujours accompagnée de sa psy et de sa mère. La mère et la psy, seules reconnues comme dépositaires de la parole de l'enfant et donc seules autorisées à parler en son nom. D'étape en étape, l'hypothèse devient certitude sans qu'aucun élément nouveau n'apparaisse, et sans même qu'on prenne encore la peine d'écouter ce père d'autant plus suspect qu'il s'obstine à nier et à exiger de pouvoir exercer son rôle de père comme le tribunal de la jeunesse lui en donne le droit et le devoir. Et quand il se bat pour faire valoir ce droit, pour exercer ce devoir, toutes les institutions qu'il appelle à l'aide se réfugient derrière l'argument ultime, celui que personne ne peut contester : l'intérêt supérieur de l'enfant.

Et ce qui referme définitivement le piège, c'est l'amour même de Sereno pour sa fille. Son désir de la voir, de la revoir le plus vite possible quand on le lui interdit, quand la mère multiplie les obstacles et les procédures. Ce désir le désarme. Se battre contre l'accusation qui pèse sur lui, c'est, on ne cesse de le lui dire, se battre contre l'enfant. Ce qu'il refuse de toute son âme. Au nom de quoi, on ne cesse de lui demander de collaborer avec ceux qui l'accusent.

Au delà...
« On ne refait pas l'histoire, écrit Sereno, mais on peut montrer comment elle fut écrite ». Il s'y emploie, non seulement avec l'énergie de son immense désespoir, mais aussi avec toute la panoplie d'un philologue averti. Et un grand sens de la logique institutionnelle qui lui permet de comprendre comment des gens qui ne sont ni bêtes ni méchants, peuvent, en toute bonne foi, avec le sentiment du travail fait comme il faut, abandonner tout esprit critique. Au delà, le titre du livre nous le rappelle, Sereno nous pose une question qui dépasse de loin les dysfonctionnements de la justice et la démission des institutions : notre société pense-t-elle que ses enfants ont besoin de pères ? ou un féminisme mal compris la conduit-elle à admettre qu'ils appartiennent à leur mère ? Ceci n'est sans doute pas une autre histoire.

Marcello Sereno, Comment priver un enfant de son père (Un dysfonctionnement ordinaire de la justice), Préface de François Ost, Editions Jeunesse et Droit, 383 pages, 22 €.
​ 0 |
Commenter

Plus d'informationsN'oublie pas que les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions générales d'utilisation de Skyrock et que tu peux être identifié par ton adresse internet (38.107.179.239) si quelqu'un porte plainte.

Tu n'es pas identifié. Clique ici pour te connecter à ton compte

#Posté le vendredi 03 septembre 2010 05:30

172 - Médecines naturelles : Attention aux charlatans !i !

En décembre 2009, la RTBF diffusait dans le magazine Tout ça ne nous rendra pas le Congo, un document de Phipippe Dutilleul, "Mort biologique sur ordonnance téléphonique", portrait d'une femme victime de guérisseurs sans scrupules. La journaliste Nathalie De Reuck raconte aujourd'hui cette histoire révoltante dans un livre accusateur : On a tué ma mère (1).

La médecine peut beaucoup. Elle peut de plus en plus. Mais elle ne peut pas tout. Il lui arrive souvent de ne pas savoir. Très souvent de ne pas guérir. Et même de ne pas soulager. Et quand nous avons fait le tour des spécialistes, passé des dizaines d'examens, essayé en vain des thérapies parfois éprouvantes, quand nous sommes au bord de perdre espoir, il y a toujours autour de nous quelqu'un qu'une « autre » médecine a soulagé, soigné, sauvé. Et alors, pourquoi, en désespoir de cause, ne pas y avoir recours soi aussi ? Si des techniques comme l'osthéopathie, longtemps combattues par les facultés de médecine, sont aujourd'hui reconnues, pourquoi ne pas en essayer d'autres qui le seront peut-être demain ? Il ne faut alors qu'un peu d'habileté aux beaux parleurs et aux escrocs pour manipuler et tromper des malades en souffrance, prêts à tout pour retrouver la santé que la médecine ne peut leur rendre. C'est ainsi que la maman de Nathalie De Reuck est morte d'un cancer non soigné tandis qu'elle confiait sa vie à une kyrielle de « thérapeutes », adeptes de radiesthésie, de biologie totale voire de pratiques magiques.

Des théories fantaisistes
Vous mettez toutes les médecines parallèles dans le même sac ? Tous des charlatans ?

Nathalie De Reuck : Je continue à soigner mes enfants à l'homéopathie. C'est dire que je ne suis pas anti médecine alternative, loin de là. Elles peuvent être bénéfiques pour autant qu'elles restent complémentaires. Que ce soit un effet placebo ou un autre effet, c'est sans importance si ça donne un résultat et que ça reste complémentaire. C'est l'usage exclusif de ces médecines qui est dangereux.

Mais dans votre livre, vous évoquez une multitude de thérapies plus fantaisistes les unes que les autres. La biologie totale, par exemple.
N.D.R. : La biologie totale, c'est une interprétation délirante de la maladie. Toute maladie, que ce soit un rhume, la sclérose en plaque, une maladie orpheline, le sida, est due à un conflit intérieur. Et chaque symptôme témoigne du fait que le conflit est en train de se résoudre. La maladie est la phase de résolution du conflit. Donc, plus on est malade, plus c'est positif. Ainsi, tous les repères sont effacés. Il n'y a plus rien de logique.
On est tous vulnérables

Vous-même, vous avez fait partie d'une secte. Vous avez été adepte du Père Samuel. Vous aimiez un homme mais vous en épousez un autre que le Père vous impose, ce n'est pas anodin.
N.D.R. : Je ne l'ai pas vu comme de la manipulation. J'ai vraiment cru que c'était mon choix personnel. Plus tard, j'ai fait une croix dessus, j'ai mis ça de côté, je n'en ai parlé à personne. Aucun de mes amis ne le savait. Pour moi, c'était ma faute. Ce n'est que quand j'ai travaillé sur maman, que j'ai essayé de comprendre ce qui lui était arrivé, que j'ai été en contact avec des organismes anti-sectes, que j'ai compris que j'avais été moi-même embrigadée dans un système de ce genre bien des années auparavant.

Vous en tirez quelle leçon ?
N.D.R. : On est tous vulnérables, fragiles à un moment ou à un autre, au niveau personnel, émotionnel, professionnel. Et dans ces moments-là, on peut tomber sous le joug de ce genre de personnages. Ce n'est pas un choix délibéré mais le résultat d'une manipulation.

Vos parents étaient déjà impliqués ?
N.D.R. : Oui, c'est eux qui m'y ont amenée. Maman était catholique. Elle avait des difficultés pour se déplacer jusqu'à l'église et elle cherchait quelqu'un qui pouvait venir à domicile. Celui de la paroisse était surchargé. Un autre ne pouvait venir qu'une fois par an. De fil en aiguille, on lui avait donné le numéro de téléphone de ce père, catholique traditionnaliste.

Elle avait un esprit particulièrement vulnérable à ce genre de manipulation ?
N.D.R. : Pas du tout ! C'était quelqu'un de très raisonné, cartésien, droit, réfléchi. Pour ce qui est du Père Samuel, elle n'a jamais fait la différence entre le traditionalisme et la manipulation. Et pour ce qui est des médecines parallèles, ce n'était pas non plus un choix délibéré de sa part. C'était un proche de la famille en qui elle avait toute confiance. Elle s'est dit, je vais tester et voir ce que ça donne, mais tout en gardant son esprit critique. C'est parce qu'ensuite, elle a été manipulée qu'elle s'est écarté de la médecine rationnelle.

Bio et complot
On voit beaucoup de publicité pour les médecines naturelles dans les magazines bio. Dans quelle mesure des courants comme le new age ou la vague écologiste actuelle ouvrent-elles un espace aux charlatans ?
N.D.R. : C'est sous le couvert des médecines naturelles et de l'alimentation bio que beaucoup fonctionnent. Par exemple, les gens de la biologie totale sont contre toutes les vaccinations : ce n'est pas naturel, ce n'est pas sain, il y a d'autres méthodes. Quand on assiste aux conférences, ce sont des gens d'un bon niveau social qui ont un bagage culturel, une éducation, un niveau professionnel élevé. Ce ne sont pas les gens simples qui sont les premières victimes. Ce sont des gens qui ont le niveau financier nécessaire et une position critique vis-à-vis des savoirs institutionnels. Et les charlatans se disent victimes d'un complot des institutions. Pas reconnus par les firmes pharmaceutiques, pas reconnus par les médecins traditionnels : c'est la preuve qu'ils ont raison. Ils disent qu'on leur en veut, qu'ils sont persécutés parce que sinon le monde pharmaceutique ferait faillite. Evidemment, eux créent un tas de produits qu'ils vendent une fortune et ne valent absolument rien. Il y a toute une industrie derrière. Avec pignon sur rue et qu'on trouve entre autres dans les boutiques bio.

La reconnaissance de certaines médecines alternatives est-elle une protection contre les charlatans ?
N.D.R. : Oui mais attention, il y a aussi de vrais médecins dans ces réseaux, des « docteurs docteurs ». Docteur homéopathe, kiné ostéopathe etc. ça ne change rien. Ils peuvent très bien être reconnus et puis pratiquer la biologie totale ... Les non reconnus sont manifestement dangereux mais ça n'empêche pas les reconnus de l'être éventuellement. Et pour les gens manipulés, la reconnaissance n'est pas forcément un gage de crédibilité. Les charlatans sont souvent bardés de diplômes d'écoles privées qui n'ont-elles-mêmes aucune valeur académique et scientifique. Un peu de biologie totale, un peu de kinesiologie, des liens avec quelques autres instituts à l'étranger pour afficher des références et voilà.

Combattre les charlatans
Vous avez retrouvé le « docteur Z » qui a été l'un des principaux « thérapeutes » de votre maman.
N.D.R. : Ce « docteur » ne croit pas à ce qu'il dit. Quand il apprend qu'il souffre d'une tumeur au cerveau, il court dans un hopital universitaire. Son vrai motif, c'est l'argent. Impossible à calculer parce que c'est surtout du black. Chaque conversation téléphonique coûtait cinquante euros à ma mère. Aux cent cinquante conversations qui figuraient sur ses factures mensuelles de Belgacom s'ajoutent les SMS et les appels que ses thérapeutes lui passaient eux-mêmes.

Comment combattre légalement les charlatans ?
N.D.R. : C'est très difficile. Il faut d'abord prouver qu'il s'agit d'exercice illégal de la médecine. Or les charlatans évitent les termes médicaux, ils utilisent tout un jargon ésotérique pour se protéger. L'abus de faiblesse existe en France mais pas en Belgique. Escroquerie et abstention coupable, ce qu'on appelait autrefois non assistance à personne en danger, sont des possibilités de poursuite. Par contre la manipulation mentale n'est pas reconnue et l'escroquerie implique de l'argent mais dans beaucoup de cas, il n'existe aucune preuve. Il y a donc très peu de plaintes. Pour l'instant, je suis toute seule. Les parents des victimes ont perdu un proche, et ne sont pas prêtes à remuer tout ça, c'est très difficile à vivre. Financièrement et moralement. Il y a pourtant beaucoup de victimes. Et dans beaucoup de pays. On essaye de les répertorier mais c'est difficile parce que l'une des conditions de la manipulation c'est de séparer la victime de son milieu. Les thérapeutes demandent au patient de se taire. Moi-même, maman m'avait interdit d'en parler dans la famille. Mon père voulait la soutenir. Il n'était pas d'accord mais il n'avait pas le choix. Ça prenait une telle place qu'il fallait ou rompre les liens ou rester dans son coin. Papa était là, il avait aussi des conversations téléphoniques avec ces gens. Il était aussi manipulé. Donc les familles ne se rendent pas compte de ce qui se passe et n'ont aucune preuve.

(1): Nathalie De Reuck (avec Philippe Dutilleul), On a tué ma mère (Face aux charlatans de la santé), Buchet-Chastel, 315 pages, 21€.

172 - Médecines naturelles : Attention aux charlatans !i !172 - Médecines naturelles : Attention aux charlatans !i !POUR EN SAVOIR PLUS
La loi « Colla » du 29 avril 1999 ouvre la reconnaissance de l'homéopathie, de la chiropraxie, de l'ostéopathie et de l'acupuncture. Mais le seul arrêté d'exécution publié à ce jour est l'arrêté royal du 10 février 2003 portant reconnaissance des organisations professionnelles d'une pratique non conventionnelle. Plusieurs mutuelles remboursent des consultations chez les praticiens reconnus de ces médecines alternatives dans le cadre de leur assurance complémentaire. Les tarifs et conditions de ces remboursements sont disponibles sur le site de votre mutualité.
​ 0 |
Commenter

Plus d'informationsN'oublie pas que les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions générales d'utilisation de Skyrock et que tu peux être identifié par ton adresse internet (38.107.179.239) si quelqu'un porte plainte.

Tu n'es pas identifié. Clique ici pour te connecter à ton compte

#Posté le dimanche 29 août 2010 02:39

Publicité
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • ... 36
  • Suivant

Skyrock.com
  • Skyrock

    • Annonceurs
    • Jobs
    • Contact
    • Sources
    • Poster sur mon blog
    • Développeurs
  • Infos

    • Sécurité
    • Conditions
    • Aide
    • Signaler un abus
    • En chiffres
  • Mobile

    • Ton mobile
    • iPhone
    • Android
    • BlackBerry
    • Nokia
    • Samsung Wave
    • Windows Phone
  • Pays

    • International (english)
    • France
    • Canada (français)
    • Belgique (français)
    • Maroc (français)
  • Autres sites

    • Skyrock.fm
    • Tasanté
    • kwest
    • Zipalo
  • Blogs

    • L'équipe Skyrock
    • Honneurs
    • Vidéos
    • Gadgets
    • Newsmusic
    • Thèmes