L'EGLISE CONTRE LE PAGANISME D'AVATAR

L'EGLISE CONTRE LE PAGANISME D'AVATAR
L'Eglise contre le paganisme d'Avatar

Depuis la querelle des images qui l'opposa aux églises byzantines d'abord, au protestantisme ensuite, l'Eglise catholique a noué tout au long de l'Histoire un lien privilégié avec l'image et elle affiche une magnifique modernité par sa capacité à utiliser les médias contemporains. Ne vient-elle pas de créer une chaine de télé sur You Tube (http://www.youtube.com/vatican?gl=IT&hl=it ) ?

De même, elle a une longue tradition de lecture des images et singulièrement du cinéma. Les Cahiers du Cinéma eux-mêmes, bible mondiale des cinéphiles, ont été créés par André Bazin qui, au lendemain de la Libération, faisait partie de ces militants de Peuple et Culture qui animaient des ciné clubs et écrivaient dans Esprit.

Les journaux télévisés ont donc eu quelque motif de relayer la critique vaticane d'Avatar, le dernier film de James Cameron, succès mondial qui raconte comment les industriels du futur détruisent, sur la planète Pandora, la civilisation des Na'vi comme ils ont détruit autrefois celle des Indiens d'Amérique.

Bien sûr, Avatar est d'abord une histoire d'amour. Mais Avatar est aussi un film politique. Il reprend les thèmes de la critique portée depuis les années 50 sur l'histoire américaine par le western révisionniste, qui regarde les Indiens non plus comme de dangereux sauvages mais comme les victimes de la colonisation. Depuis 68, c'est la ligne dominante à Hollywood, du Little Big Man d'Arthur Penn en 1970 à Danse avec les loups de Kostner en 1990. Comme dans ces films, les blancs d'Avatar chassent les indigènes de leurs terres. Mais l'un d'entre eux sympathise avec les "sauvages", découvre les qualités de leur civilisation et tombe amoureux d'une « indienne ».

Mais en passant du western à la science fiction, Cameron n'a pas seulement remplacé les chevaux par des dragons. Il a inversé le passé et l'avenir. Il ne montre pas comment la modernité s'est imposée au prix de la destruction de cultures traditionnelles, il fait des Na'vis le futur de l'Homme et de leur civilisation une culture infiniment préférable à la nôtre. Il fait non seulement la critique d'un certain capitalisme raciste et prédateur mais il fait de la civilisation des Navis un idéal de culture en harmonie avec la nature, communiquant avec son essence divine par la magie et les pratiques chamaniques. Et postule, à travers l'histoire de son héros que pour retrouver la Nature, l'Homme devra se métamorphoser totalement, changer d'incarnation.

C'est là que l'Eglise, malgré ses appels récents en faveur de la protection de l'environnement, a fait sonner son tocsin : «La planète Pandora flirte intelligemment avec toutes ces pseudo-doctrines qui tournent l'écologie en religion du millénaire. La nature n'est plus une création à défendre mais une divinité à adorer» (...) « Avatar s'enlise dans un spiritualisme liée au culte de la nature ».

Et si en effet, de Kyoto à Copenhague, se jouait, non l'avenir du climat, mais, autour du rapport de l'homme et de la nature, une nouvelle guerre de religion ?
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# Online seit Donnerstag, 28. Januar, 2010 um 18:46

168 - Rencontre avec Charles Enderlin

168 - Rencontre avec Charles Enderlin

Charles Enderlin : réalisme du pessimisme ?

L'homme est calme mais sombre. On le lui avait reproché déjà, il y a quelques années. Beaucoup étaient convaincus que sa vision était trop noire. Que le processus de paix reprendrait. Inéluctable. Tellement évident. Tellement raisonnable. Il répond qu'il avait, au contraire, sous-estimé la gravité de la situation. « Le conflit devient lentement mais sûrement un conflit religieux. Et on ne pourra pas faire la synthèse entre Talmud et Coran. La fenêtre d'opportunité se ferme ».

Bientôt quarante ans qu'Enderlin couvre le conflit. Bientôt trente qu'il commente les événements pour France 2. Qu'il répète : « Israël doit le plus rapidement possible conclure un accord avec l'OLP au prix d'évacuation de colonies, au prix d'échanges de territoires, au prix d'un renoncement de souveraineté sur l'esplanade des mosquées ». Il dit cela, mécaniquement, comme on rappelle le b a ba à un élève distrait, mais il n'y croit plus vraiment. La solution des deux états, qui semblait s'être définitivement imposée après les accords d'Oslo comme seule raisonnable, lui semble s'éloigner inéluctablement : « Il faut aller vite parce que la situation ne pourra que se détériorer non seulement au niveau du conflit israélo palestinien mais au niveau régional. Les relations avec la Jordanie sont de nouveau tendues, avec l'Egypte ce n'est pas au beau fixe, avec la Turquie c'est assez tendu. Lentement mais sûrement les relations d'Israël avec la région se détériorent et il faut craindre que ce soit également le cas avec le reste du monde ».

Mais il sait que cela n'ira pas vite. Tout est au point mort. L'Autorité palestinienne est dans les choux. Le Hamas ne veut rien négocier et il n'y a rien à négocier avec lui. En Israël la droite est au pouvoir qui ne veut pas la paix. Depuis la mort de Rabin, le parti travailliste est en chute libre. C'est vrai aussi pour le Meretz et pour La Paix maintenant. Sa conviction, c'est que la gauche a perdu dans les deux camps tandis que les droites israélienne et palestinienne se renforçaient mutuellement par leurs actions violentes.

Arafat a réagi trop tard
Car tous la gauche, oui, a voulu la paix : « Dès 85, il y a des négociations secrètes entre représentants de Shimon Peres et représentants d'Arafat. On se souvient d'Arafat à l'ONU brandissant d'une main un pistolet, de l'autre une branche d'olivier. Le Hamas ne brandit que le pistolet. Dès le moment où l'organisation de Yacine s'est transformée en organisation de jihad, on a compris qu'avec ces gens-là, la discussion serait impossible. Et ce n'était pas un groupuscule minoritaire. Il contrôlait la plupart de mosquées de Gaza. Faycal Husseini, à sa sortie de prison, disait : Avec nous, une Palestine indépendante à vos côtés. Avec Yacine, aucun accord possible. Il y a un conflit idéologique fondamental entre le Hamas et la gauche palestinienne. Les ouailles de Yacine sont allées brûler les cinémas, les cafés, et attaquer physiquement les apostats. Mais les Israéliens ont autorisé Yacine à créer une organisation qui recevait de l'argent de l'étranger et Yacine a conquis les mosquées de Gaza les unes après les autres. Parfois par la violence, parfois par l'argent, parfois par la persuasion. Et, au fil des ans, Gaza qui, après la guerre des six jours, était plutôt d'extrême gauche est devenue islamiste. »

Arafat était forcément conscient du danger et il aurait sans doute pu barrer la route au Hamas. Mais au prix d'un affrontement qui aurait divisé les Palestiniens et qu'il n'a pas voulu prendre le risque de déclencher en temps et en heure : « Arafat a commis des erreurs fondamentales. La première a été de conclure les accords d'Oslo sans obtenir un gel de la colonisation, ce qui a donné des arguments au Hamas. La seconde, c'est qu'il se voyait comme le Président de tous les Palestiniens, y compris les religieux. N'oublions pas qu'Arafat lui même était religieux, faisait les prières, allait à la mosquée. C'était un ancien Frère Musulman. Il avait combattu à leurs côtés en 48 dans le secteur de Gaza. Donc il n'a pas voulu affronter le Hamas jusqu'au moment où il a compris que les attentats du Hamas allaient lui coûter sa présidence et son objectif de créer un Etat palestinien. Quand les grands attentats de 96 ont porté Benjamin Netanyahou au pouvoir, il s'est décidé à agir : vagues d'arrestations, des milliers d'islamistes sous les verrous, des morts sous la torture, des réseaux démantelés. De sorte que de 1996 à 2001, grâce à la coopération entre la police palestinienne et l'armée israélienne, il y a eu très peu de grands attentats. Même quand la deuxième intifada a commencé, il n'y pas eu tout de suite d'attentats suicide. Pas avant celui du Dolphinarium à Tel Aviv quand on discutait déjà de cessez le feu. Et là, comme chaque fois qu'on est sur le point de conclure une négociation, le Hamas a frappé pour la faire capoter. Et en général, la riposte israélienne s'est faite contre l'Autorité palestinienne parce que Sharon avait pour stratégie de saisir tous les prétextes pour affaiblir Arafat. Parce que pour la droite israélienne, le conflit est religieux et il n'y a pas de solution possible. Israël doit conserver des zones de sécurité en Cis-Jordanie pour protéger les abords de la Jerusalem réunifée. En 2001, Sharon a donné une interview à Haaretz dans laquelle il expliquait qu'il était prêt à donner... 43% des territoires aux Palestiniens et donc en garder l'essentiel. »

Netanyahu ne veut pas la paix

Sharon était convaincu que la paix est impossible. Et pour Enderlin, l'actuel gouvernement l'est tout autant : « Aujourd'hui, on a une initiative de paix saoudienne, soutenue par la Ligue Arabe, qui est une reconnaissance de facto d'Israël. Retrait sur les frontières de 67 avec négociation des frontières et solution juste pour les réfugiés. C'est raisonnable sauf si on ne veut pas la Paix. Or Netanayahou a tiré deux grandes leçons de l'époque où il était premier ministre entre 96 et 99. La première : en dépit de relations exécrables avec Bill Clinton et son administration, il a construit des milliers de logements dans les territoires sans la moindre sanction contre Israël. Son calcul aujourd'hui c'est qu'il n'y en aura pas non plus. Il s'est battu avec l'administration Obama pour pouvoir poursuivre la colonisation et finalement Obama a cédé. Il n'a pas dit « gelez », il a dit « freinez ». Les Américains ne retireront pas leur soutien militaire à Israël. Donc la colonisation va se poursuivre. Deuxième leçon, il a perdu les élections de 99 parce que la droite l'a lâché. Et elle l'a lâché parce qu'il avait fait des concessions à Arafat. Et ils l'ont lâché pour qui ? Pour Barak. Et aujourd'hui, Barak, ministre de la défense, est le patron de la colonisation car rien ne peut être construit, aucune caravane déplacée, sans l'accord du ministère de la défense ».

Or Enderlin pense que la colonisation est, depuis toujours, le point central de la politique du Likoud. « La veille de l'arrivée de Sadate à Jérusalem, Sharon, ministre du logement, envoie des militants occuper des collines en Cis-Jordanie, où il existait déjà des projets d'implantation. Aujourd'hui c'est la ville d'Ariel, 14.000 habitants. Ariel ne sera pas évacuée. Ça a marché. Pensez au retrait de Gaza: s'il a fallut 50.000 militaires pour évacuer 7.000 colons, faites le calcul de ce qu'il faudrait pour en évacuer 100.000 de Cis-Jordanie. Les Palestiniens ont accepté que les grands quartiers implantés à Jérusalem Est ne seront pas évacués. A Camp David, les Palestiniens ont proposé « quartiers à majorité juive sous autorité israélienne, les quartiers à majorité arabe, sous autorité palestinienne ». La politique du Likoud marche. »

Le Hamas mise sur l'avenir

« La situation est donc idéale pour le Hamas. Ils n'ont pas mis en place la charia mais ils le feront tôt ou tard. Ils gagnent pas mal d'argent en prenant des taxes sur ce qui passe par les tunnels. Ils ne font pas d'attentat puisqu'il n'y a pas de processus de paix. Ils essayent de se donner une légitimité internationale par un double langage particulièrement fin. Ils disent qu'ils sont prêts à un état palestinien sur la cis-Jordanie, Jérusalem-est et Gaza et beaucoup de visiteurs européens et américains reviennent en disant naïvement que s'ils acceptent un Etat palestinien, ils acceptent implicitement l'Etat Israëlien, ce qui est faux. »
Le Hamas mise sur l'avenir. Il laisse l'Autorité palestinienne sombrer peu à peu et la politique de la droite israélienne lui convient : « Le Fatah ne reprendra pas Gaza par les armes. Ils ont été désarmés. Le Hamas peut perdre des élections mais sans cela il gardera Gaza. C'est le seul territoire du monde arabe qui est contrôlé par les Frères musulmans. Si Israël veut détruire le Hamas à Gaza, une des premières choses à faire c'est d'ouvrir les barrages et de laisser les travailleurs palestiniens venir travailler en Israël. Le Hamas est contre parce qu'il veut éviter que les Palestiniens voient comment on peut vivre autrement. Or le Hamas recrute chez les jeunes. S'il y a des élections demain à Gaza, je suis pas sûr que le Hamas les gagne. Mais ce qui compte pour le Hamas c'est d'enrôler ceux qui avaient 7 ou 8 ans quand l'Intifada a commencé. »

La Pax Americana,

Dans ces conditions, qui pourrait débloquer la situation ? « Etant donné que Blair n'a rien fait et qu'il pense lui aussi que le conflit est religieux, Obama est le seul. Il faut une grande conférence type Dayton avec tous les dossiers sur la table, deux mois pour boucler un accord et le soumettre à referendum en Israël et dans les territoires, sous le contrôle de la Ligue arabe ce que le Hamas ne pourra pas refuser. »
L'idée est proche de celle de Sari Nusseibeh, doyen de l'université al-Qods à Jérusalem, devenu lui aussi très pessimiste et qui a proposé il y a quelques mois à Obama et à George Mitchell, comme solution de la dernière chance, « d'arrêter immédiatement des négociations devenues inutiles : toutes les questions ont été plus ou moins réglées, ne restent que les points insolubles. À la place, les États-Unis devraient proposer eux-mêmes la solution aux problèmes restants. Chaque camp proposerait ce plan par référendum à sa population. Le vote aurait lieu le même jour, et la réponse serait conditionnée à l'acceptation de l'autre partie. » (Le monde, entretien avec Adrien Jaulmes in Le Monde, 06.01.2010).

Obama en sauveur ? Y croient-il vraiment ? Ou n'est-ce que l'expression désespérée de leur conviction que, sur place, les deux frères ennemis n'y arriveront plus. Avec au c½ur, ce paradoxe, que, si c'est quand la paix est proche que la violence éclate, inversement, le calme n'annonce que le malheur à venir. Or « Aujourd'hui, il y a une excellente collaboration entre l'armée israélienne et les services de sécurité palestiniens. Les militaires ont la consigne de ne tirer qu'en cas de légitime défense. Plus de blessés par balle. La politique violente du début de l'Intifada n'est plus là. Lancer de pierres ou de cocktails Molotov ? L'armée riposte avec des gaz lacrymogènes, plus à balle réelle. L'armée ne s'est toujours pas équipée en matériel de maintien de l'ordre mais les généraux ont décidé que la région serait calme. »

Et pourquoi Obama prendrait-il le risque d'un coup de poker sur l'échiquier israélo arabe alors que tout y est calme et que tout gronde à proximité. En bonne logique, les pompiers ne viendront que si la maison brûle.


Dernier ouvrage paru : Charles Enderlin, Le Grand Aveuglement, Israël et l'irrésistible ascension de l'Islam radical, Albin Michel 2009

# Online seit Sonntag, 17. Januar, 2010 um 09:42

167 - Pensées moisies

167 - Pensées moisies
Pensées moisies

Le 23 octobre, le Sénateur français Jacques MULLER (Vert) et le Mouvement pour une Alternative Non-violente avaient organisé un colloque sur le thème : « télé, pas de publicité destinée aux enfants de moins de 12 ans ». Journalistes, chercheurs en sciences sociales, de l'information et de la communication, de la publicité, de l'éducation, y avaient jeté jeté les bases pour le lancement d'une campagne nationale destinée à déboucher sur une loi.

Cette campagne consiste à dire que la publicité est une "violence" contre les enfants et qu'il faut donc l'interdire.

Parmi les raisons invoquées, on retrouve quelques clichés éculés "avant l'âge de 8 ans l'enfant ne fait pas la distinction entre la fiction et la réalité, et en dessous de 12 ans il n'est pas en capacité de nourrir un esprit critique pourtant nécessaire par rapport aux messages du petit écran".

Mais le sénateur écolo met aussi en avant des thèmes récurrents de la pensée réactionnaire: "mise à mal de l'autorité parentale et perte des valeurs, (...) dévalorisation du monde. (...) Elle (la publicité) détruit d'abord, insidieusement, leur humanité profonde. Elle sape également les bases mêmes sur lesquelles repose le changement de cap radical, devenu vital, de nos sociétés dites avancées d'hyperconsommation, de frustrations et de gaspillages incommensurables, dont la fin est désormais programmée..."

Ces idées classiques de l'extrême droite sont aujourd'hui reprises par les Verts, rejoints dans "La publicité violente nos enfants", manifeste publié dans Libé ce matin, par deux sénateurs socialistes et deux sénateurs communistes.

Ainsi va la lente glissade d'une partie de la gauche.

# Online seit Sonntag, 08. November, 2009 um 05:36

166 - Quand le monde fait peur

166 - Quand le monde fait peur

Quand le monde fait peur

C'est une tendance lourde : le JT s'ouvre désormais sur un incendie de hangar, une recette de gâteau au beurre ou l'annonce d'un incident technique resté sans conséquence tandis que la vie du Monde semble réduite à quelques attentats de ci de là. Cela s'appelle l'information de proximité.

Bernard Hennebert est un de ces animateurs de la société civile qui ne représentent qu'eux-mêmes, mais avec une telle opiniâtreté qu'à la longue il est impossible de ne pas les écouter et leur supposer une certaine crédibilité. Au sein d'ATA, l'Association des Téléspectateurs Actifs puis de Consoloisirs, Hennebert est devenu la mauvaise conscience de la RTBF dont il ne cesse de critiquer les supposées dérives. La RTBF n'est jamais assez de service public. Elle devrait supprimer la pub. Se consacrer à l'Europe. Commencer toujours ses émissions à l'heure. Penser aux malentendants. Faire de l'éducation aux médias. Ne pas se soucier de l'audimat. Etcetera. Etcetera.

Evidemment, ce n'est pas pour autant qu'Hennebert ne soulève jamais une question pertinente. Celle-ci par exemple, récente, qui mérite réflexion :« Au JT de 13H de la RTBF (qui commence vers 12H59), la séquence sur la condamnation de Aung San Suu Kyi par la junte a été diffusé vers 13H15, alors que le JT s'est terminé à 13H32. » L'idée d'Hennebert, c'est que la RTBF a relégué les nouvelles importantes et la politique internationale en deuxième partie de journal pour diffuser en première partie du sport et du fait divers. Il s'agit d'une inversion radicale de la culture journalistique et de la dramaturgie des JT qui, depuis toujours, programmaient en début de journal les nouvelles politiques du monde et ensuite seulement, les faits de société, le sport et la naissance d'un koala au zoo de Pékin.

C'est la faute à la pub !
Pour Hennebert, le phénomène est dû à la publicité. Une chaine publique qui dépend de la publicité, modifie sa programmation et sa ligne éditoriale en fonction des intérêts des annonceurs ce qui se traduit par la recherche de l'audience à qui ces annonceurs adressent leur message. Cette audience, c'est la célèbre « ménagère de moins cinquante ans », à qui, il y a des années déjà, Bernard Pivot écrivait quelques remontrances pour dénoncer la dérive du service public en France. Fashion victim, addict des marques et des supermarchés, elle n'est censée s'intéresser à rien de sérieux.

Ce qui semble donner raison à Hennebert, c'est que l'information de proximité s'est d'abord développée dans les télévisions privées. Les JT d'RTL et le 13 heures de TF1 en ont été les fers de lance francophones. Les défenseurs du service public ont longtemps combattu cette tendance. Dans leur esprit, la télévision publique devait se différencier de la télévision privée par son refus de l'émotionnel et du fait divers, et par sa volonté de traiter les grands problèmes du pays et du monde sur un mode rationnel et didactique. A la fin des années 80, Robert Stéphane parlait encore de l'info de service public comme d'une « pédagogie des enjeux par le spectacle ». Or il est incontestable que peu à peu les télévisions publiques se sont alignées et que l'information de proximité domine désormais très largement la ligne éditoriale de leurs JT. La tentation est grande d'expliquer cette évolution par la présence de publicité sur les antennes publiques. Les télévisions privées sont apparues pour offrir des programmes différents de ceux que proposaient les services publics mais dans un deuxième temps, les médias publics auraient copié les médias privés pour garder leur audience populaire et la publicité les aurait poussés dans la voie de cette uniformisation.

Il n'est pas sûr pourtant que la publicité ait grand chose à voir dans l'affaire. Le JT de F2 n'est pas moins provincial que celui de la RTBF. Or, comme on sait, Sarkozy a supprimé la publicité sur F2. Mais rien ne ressemble davantage à F2 avec pub que F2 sans pub. L'idée que la fin de la publicité sur France Télévision aurait un impact sensible sur la nature et la qualité des programmes et de l'information s'est révélée totalement fausse. Pour Bernard Hennebert qui réclame néanmoins à cor et à cri l'interdiction de la pub sur les antennes de la RTBF, l'objection n'est pas valable. Il reprend à l'un des derniers textes de Marc Moulin, l'idée que les hommes de la radio télévision publique ont été « génétiquement modifiés » par les années pub et que désormais, même sans pub, ils continuent à produire et à informer selon les critères marketing de la pub. Il faut donc non seulement supprimer la pub mais aussi forcer les professionnels à retrouver le chemin de la culture de service public. D'où son action « associative » permanente pour faire pression sur les professionnels via les politiques qui exercent la tutelle de la RTBF.

Comme souvent, dans ce raisonnement, tout se passe comme si le public était une éponge sans volonté qui se contentait d'absorber ce qu'on lui donne quoi que ce soit qu'on lui donne. Il n'aurait donc aucune responsabilité dans l'évolution des médias, il n'en serait que la victime innocente : « Le public est mal éduqué en continuité par les médias quotidiennement. Il est donc une victime et n'a pas le choix, puisque ces médias se ressemblent de plus en plus. Attachons nous à faire évoluer l'oppresseur et les oppressés (sic) évolueront. »

La déprime des classes moyennes
Et si nous partions de l'hypothèse inverse. L'évolution du JT est la conséquence d'une évolution du public. Longtemps l'information de proximité a correspondu aux attentes du public populaire à qui les télévisions privées offraient davantage de divertissement, de variétés, de jeux et de séries que les médias publics guidés par leur mission d'éducation permanente. Dans les médias publics, les valeurs des classes moyennes restaient dominantes et, en conséquence, une tradition journalistique inspirée de la presse écrite dite « de qualité ».
Mais ces vingt dernières années, la mondialisation a fragilisé les classes moyennes. L'imposante pyramide des cadres intermédiaires née des trente glorieuses s'aplatit rapidement et nombre de professions autrefois respectées ont été dévalorisées.

Ces groupes sociaux qui avaient une vision plutôt optimiste de l'avenir, manifestent aujourd'hui de profondes inquiétudes. Comme dit Vincent de Coorebyter « Ce sont des électeurs qui ont peur de l'avenir, qui pensent que leur prospérité est menacée. On leur dit que la sécurité sociale est en déficit. On ouvre l'Europe à des pays lointains, différents et pauvres qu'il va falloir soutenir. Beaucoup de cadres sont en première ligne dans la mondialisation, les fusions d'entreprise, les délocalisations. Ils ont peur. »

Ce public rejoint aujourd'hui le public populaire dans sa recherche d'information de proximité et son désintérêt pour le monde et les grandes stratégies politiques. Le succès de cette information, essentiellement locale et émotionnelle, n'est pas dû à l'influence de la pub, mais à l'état d'une opinion publique européenne aujourd'hui désabusée et pessimiste. C'est une opinion publique que le monde inquiète et qui se referme sur elle-même. Le retour de Kim sur les courts la rassure tandis que le soutien de Pékin à la junte birmane ou les contorsions occidentales à propos du nucléaire iranien participent de sa difficulté à saisir l'évolution du monde. Son indifférence au monde s'accentue au moment même où l'allongement des études, le développement du tourisme longue distance, l'abondance des sources d'information, le mélange des nationalités dans les entreprises, auraient pu, au contraire, susciter une curiosité accrue et une demande pour davantage d'informations internationales. Elle s'en trouve au contraire confortée dans l'idée que le monde qui vient est dangereux pour elle et qu'elle préfère ne pas trop en entendre parler. Aucun journal ne peut aller à contre courant de ce mouvement de fond sans être sanctionné par le public. Croire que le public est "mal éduqué" et qu'il suffit de "faire évoluer l'oppresseur" pour faire évoluer les "oppressés", est une idée naïve. Dans nos sociétés, nous sommes, en effet, moins opprimés qu'oppressés. Dans le miroir du JT, l'information de proximité nous renvoie l'image d'une Europe angoissée.


# Online seit Freitag, 23. Oktober, 2009 um 15:19

Geändert am Freitag, 23. Oktober, 2009 um 15:36

165 - Oui à la société de consommation

165 - Oui à la société de consommation
Oui à la société de consommation

Curieuse opposition que celle de l'être et de l'avoir. critique récurrente de la société de consommation. Il faudrait se détourner de l'avoir (acheter, consommer) et faire retour à l'être (méditer, rêver, créer ...).

Curieuse d'abord parce que l'avoir fait très évidemment partie de l'être. Je ne suis pas le même homme, je n'ai pas le même tissus de relations, je ne vis pas au même rythme si j'ai ou non une maison, si je roule en Renault ou en Toyota, si je mange fast food ou chinois, si je passe mes vacances à Blankenberge ou dans les Antilles etc. En fait, de manière non négligeable, l'habit fait le moine.

Ensuite parce que dans la société de consommation, les biens matériels ne sont pas que fonctionnels. Ils sont profondément culturels. Les produits, les services et les marques sont porteurs de sens. La publicité est là qui nous le rappelle sans cesse. On ne voit pas pourquoi il faudrait tenir les enfants à l'écart de ce qui fait sens dans notre société. Ce serait une bien étrange manière de les élever.

Enfin et surtout parce qu'il n'existe pas d'incompatibilité entre être et avoir. Ce n'est pas parce que l'on consomme, qu'on ne peut pas penser, méditer, créer, rêver. A vrai dire, c'est ce que nous faisons tous, dans des proportions variables et avec des talents variés. Celui-ci fait du sport, celui-là du bénévolat. Celle-ci apprend la musique, celle-là une langue orientale. Faire ses courses au supermarché et se passionner pour les derniers gadgets numériques n'empêche pas d'apprécier la poésie ou les beautés de la nature ni de méditer sur les dernières découvertes astronomiques.

Il faut en finir avec le fatras christianique de la pauvreté comme vertu spirituelle.

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# Online seit Freitag, 23. Oktober, 2009 um 02:46